samedi 28 septembre 2013

EVENEMENT POESIE. Pérégrinations dans les Montagnes du Jura. Du 8 au 13 octobre 2013.

Douzième édition des Pérégrinations littéraires, fêtes de la littérature et de la poésie un peu particulières. Il s'agit de se promener dans la nature en compagnie d'auteurs qui, à chaque halte, lisent leurs textes chez l'habitant ou dans des lieux marquants du Haut-Jura. Les amoureux de la nature y trouvent leur compte, ceux qui aiment la littérature et la poésie sont souvent comblés et ceux qui cumulent amour de la nature, de la poésie, de la musique et apprécient les rencontres essaient de ne jamais manquer le rendez-vous!
Cette année,  déambulations dans les paysages de tourbières, paysages qui nous ramènent à l'origine des temps, avec les mots de Marc Perrin, Laurence Vielle, Sebastian  Dicenaire, David Giannoni et Vincent Tholomé. Musique avec le percussionniste Lê Quan Ninh,  le musicien-sculpteur Tony Di Napoli qui fait chanter les pierres et l 'ensemble neo- baroque   [ fû ]- [ ga ] Consort...
 Rencontres avec des protecteurs de la nature, des éleveurs de poules bio, un facteur de viole etc.
Venez rejoindre ces drôles de pèlerins qui, chaque automne, parcourent les montagnes du Jura dans la poésie et la bonne humeur.
Programme sur le site de l'association Saute-frontière: www.sautefrontiere.fr

jeudi 12 septembre 2013

ALBERT JACQUARD.



Il n'est pas dans nos habitudes de tenir une rubrique nécrologique, mais nous ne pouvions pas garder le silence devant la disparition de quelqu'un dont nous avons chroniqué la quasi totalité des ouvrages et qui nous a, livre après livre, fait voir le monde sous un autre jour. Car Albert Jacquard avait cette capacité à nous pousser à réfléchir et à creuser notre réflexion bien au-delà de nos propres limites. En effet, l'homme avait un sens profond de la pédagogie et savait diffuser son savoir avec une simplicité désarmante.  Tout d'abord éminent scientifique, il est devenu au fil du temps un philosophe à la fois rigoureux et pragmatique. Dès son premier livre, il s'est attaché à démonter les arguments prétendument scientifiques sensés justifier le racisme et le refus des différences. Par la suite, ses engagements citoyens l'ont amené à militer sans compter pour défendre les plus démunis. Il était sur tous les fronts, manifestant pour les sans abris et les sans papiers, dénonçant avec une logique imperturbable les inégalités sociales, l'esprit de compétition et l'économie libérale. Rien de ce qui concernait l'humanité ne lui était indifférent.
L'homme n'est plus mais il reste son oeuvre et plus particulièrement ses livres qui abordent presque de façon exhaustive la plupart des sujets importants du monde du XXième siècle. Des livres d'une intelligence et d'une générosité sans égal.
Merci monsieur Jacquard.


Bibliographie non exhaustive:



  • Éloge de la différence, éditions du Seuil, 1981
  • Moi et les autres, éditions du Seuil, 1983
  • Au péril de la science ?, éditions du Seuil,  1984
  • Inventer l’homme, éditions Complexe, 1984
  • L’Héritage de la liberté, éditions du Seuil, 1986
  • Cinq milliards d’hommes dans un vaisseau, éditions du Seuil, 1987
  • Moi, je viens d’où ?, avec la participation de Marie-José Auderset, éditions du Seuil, 1988
  • Abécédaire de l’ambiguïté, Seuil, 1989
  • C’est quoi l’intelligence ?, avec la participation de Marie-José Auderset, éditions du Seuil, Collection : Petit point no 1, Jeunesse, 1989
  • Idées vécues, Flammarion, 1990
  • Voici le temps du monde fini, éditions du Seuil, 1991
  • Tous différents, tous pareils, éditions Nathan, 1991
  • Comme un cri du cœur, éditions l’Essentiel, 1992 (ouvrage collectif)
  • La Légende de la vie, Flammarion, 1992
  • E=CM2, éditions du Seuil, 1993
  • Deux sacrés grumeaux d’étoile, éditions de la Nacelle, octobre 1993
  • Avec Jacques Lacarrière, Science et croyances, éditions Écriture, mars 1994
  • Absolu, dialogue avec l’abbé Pierre, éditions du Seuil, 1994
  • L’Explosion démographique, Flammarion, collection « Dominos », 1994
  • Les hommes et leurs gènes, Flammarion, collection « Dominos », 1994
  • La Matière et la vie, éditions Milan, coll. « Les essentiels », 1995.
  • Paroles de science, textes présentés par Albert Jacquard,éditions Albin Michel, collection « Carnets de sagesse », 1995, 54 pages.
  • La Légende de demain, Flammarion, 1997
  • L’Équation du nénuphar, Calmann-Lévy, 1998
  • L'avenir n'est pas écrit, (avec Axel Kahn), Bayard, 2001
  • Paroles citoyennes, (avec Alix Domergue), Albin Michel, 2001
  • De l'angoisse à l'espoir, (avec Cristiana Spinedi), Calmann Lévy, 2002
  • La Science à l’usage des non-scientifiques, 2001
  • Ecologie et spiritualité, collectif, Albin Michel, 2006. 
  • Le monde s'est-il créé tout seul ?, collectif, Albin Michel, 2008.
  • Moi, je viens d’où ? suivi de C’est quoi l’intelligence ? et E=CM2, Éditions Points, Genre : jeunesse, 2009
  • Un monde sans prisons ?, éditions du Seuil, 1993
  • J’accuse l’économie triomphante, Calmann-Lévy, 1996
  • Le Souci des pauvres. L’Héritage de François d’Assise, Calmann-Lévy, 1996
  • Pour une terre de 10 milliards d'hommes, Zulma, 1997
  • Petite philosophie à l’usage des non philosophes, avec la participation d'Huguette Planès, Québec-Livres, 1997
  • Le Souci des pauvres, 1998
  • A toi qui n’es pas encore né(e), 1998
  • Paroles citoyennes, éditions Albin Michel, 2001. Avec Alix Domergue.
  • Dieu ?, 2003
  • Tentative de lucidité : recueil de quelques-unes des chroniques diffusées sur France Culture, 2003
  • Halte aux Jeux !, Stock, 2004
  • Nouvelle petite philosophie, avec la participation d'Huguette Planès, Stock, 2005
  • Mon utopie.Stock, 2006
  • Jamais soumis, jamais soumise (dialogue avec Fadela Amara), Stock, 2007
  • Le compte à rebours a-t-il commencé ?, éditions Stock, 2009
  • Le petit abécédaire de culture générale, collection dirigée par Philippe Delerm, 2010
  • Exigez ! Un désarmement nucléaire total, avec Stéphane Hessel et  l'Observatoire des armements, Stock, 2012
  • Dans ma jeunesse, éditions Stock.




mardi 13 août 2013

ESSAI. Le mirage du gaz de schiste. Thomas PORCHER. (Max milo).


Ce petit livre va au-delà de l'essai, il met en garde les citoyens abusés par l'argumentation économique de ceux qui ne pensent qu'à faire de l'argent avec les ressources naturelles en méprisant l'environnement. Thomas Porcher, Docteur en économie, spécialiste du pétrole et chargé de cours à l'université Paris-Descartes, a décidé de rester sur le terrain économique et reprend point par point cette argumentation pour démontrer que le gaz de schiste est aussi dangereux économiquement qu'écologiquement. S'appuyant sur l'exemple américain, il nous prouve que ceux qui ont intérêt à défendre l'exploitation de ce gaz ne savent pas mieux réfléchir que compter... ou qu'ils nous mentent effrontément. Qu'il s'agisse des spéculations sur la création d'emplois, de la baisse éventuelle du prix du gaz et du pétrole, du gain de  compétitivité pour l'industrie, de l'indépendance énergétique... tout cela ne tient pas à l'analyse et reflète le cynisme ou les mauvais calculs des producteurs pétroliers et de ceux qui les protègent, que ce soit l'un ou l'autre, ce n'est guère rassurant.
Un livre à lire et à faire lire d'urgence, le débat en Europe a déjà commencé.
 
   
Nous avons dû supprimer la vidéo de l'interview de Thomas Porcher,la chaîne de télévision réclamant  ses droits d'auteur. Le gaz de schiste serait-il encore plus dangereux que nous le pensions? Laissez tomber la télé et procurez-vous le bouquin, il ne vaut pas 5 euros!

mercredi 7 août 2013

MUSIQUE. . J.J. CALE.



J.J. Cale nous a quittés le 26 juillet. Homme et artiste hors norme, John Weldon Cale né dans l'Oklahoma en 1938 grandit à Tulsa dans une famille modeste. Dès  son adolescence il rêve de vivre de la musique. A l'âge de 17 ans il commence à jouer dans les clubs locaux. Il enregistre son premier single à l'âge de 20 ans. Deux autres suivront sous le nom de Johnny Cale Quintet. Il joue avec Leon Russel, puis, en 1967 fait partie du groupe Leather Coated Minds qui sortira un unique album. En 1970, Eric Clapton reprend  dans son premier album solo " After Midnight", une face B d'un single enregistré par J.J.Cale en 1965. La chanson deviendra un succès. Devant l'engouement suscité par ce titre, son ami et manager Audie Ashworth l'encourage à enregistrer un album. Ce sera "Naturally" (1971), le premier des 16 albums studio qu'il enregistrera durant sa carrière. Ne désirant pas devenir une star, notre homme est très heureux de voir Clapton, Johnny Cash, Captain Beefheart, Lynyrd Skynyrd et quantité d'autres musiciens piocher dans son répertoire. Les royalties qu'il reçoit lui permettent une grande liberté tant dans sa vie quotidienne que dans sa musique. Il ne joue que pour le plaisir, évite les tournées pour lesquelles il faut prendre l'avion (qui lui fait  peur ), ne donne des interviews qu'au compte-gouttes, refuse de jouer dans des lieux trop grands, enregistre dans son propre studio, produit  ses disques seul etc. Il devient vite l'anti-héros du rock à tel point que ses chansons sont  plus connues que lui et sont même souvent attribuées à d'autres comme la célèbre "Cocaine". Après six albums , il quitte la ville et part vivre dans une caravane en Californie... sans téléphone! Il finira par s'installer dans une ferme à San Diego avec sa compagne et ses animaux. 
Sa musique est à son image, libre et attachante. En 1993, il confiait au magazine Guitare et Claviers: " Si enregistrer des disques m'amuse et que j'aime la musique, il y a toute une part de business qui me fatigue profondément". Il avait préalablement confié à Guitar World: "Je ne considère pas la musique comme un métier, on ne peut en parler qu'en terme de plaisir." Son country-rock teinté de blues, de jazz et de soul chanté d'une voix nonchalante et accompagné d'une guitare décontractée a donné naissance au "Tulsa Sound". Neil Young le tenait pour l'un des meilleurs guitaristes de rock avec Jimi Hendrix et l'a invité à tenir la guitare électrique pour l'album "Comes a Time".
Nous vous conseillons "J.J. Cale Live" tout d'abord parce que l'énergumène n'acceptait pas facilement de sortir de chez lui, ensuite parce qu'il est brillament accompagné, et enfin parce que les chansons sont superbement interprétées. De plus c'est le seul live sorti durant les trente premières années de carrière du bonhomme. Quant à "Naturally", il contient l'essence de tous les albums du  regretté troubadour.
 http://jjcale.com/top.html
http://www.jjcale.org/


jeudi 1 août 2013

PEINTURE. Auguste POINTELIN. Musée d'art, hôtel Sarret de Grozon à Arbois et Mairie de Mont-sous- Vaudrey (39). Jusqu'au 15 septembre 2013.

  Né en 1839 à Arbois  (Jura français), Auguste Emmanuel Pointelin est scolarisé au collège de la ville où il se distingue déjà en cours de dessin. Bon élève, il continue ses études et obtient une licence de mathématiques à Lille en 1863. Parallèlement, il s''est mis sérieusement à peindre. Pendant plus de deux ans, de 1867 à 1870, il quitte la France et vit en Moldavie. Il envoie néanmoins des tableaux au Salon des Artistes Français. En 1870, il devient professeur de maths et est nommé dans le Nord de la France où il enseigne jusqu'en 1876, année où il est nommé à Paris. Mais si les maths l'intéressent, sa passion reste avant tout la peinture. Il peint la plupart du temps d'après ses souvenirs du Jura. Louis Pasteur, originaire lui-aussi d'Arbois est l'un de ses premiers admirateurs. Entre 1807 et 1891, c'est un autre jurassien qui est Président de la République, il s'agit de Jules Grévy, né à Mont-sous-Vaudrey. Il transmet des commandes officielles à Pointelin pour les visiteurs de l'Elysée. Le peintre connaît alors une certaine renommée à l'étranger, notamment en Angleterre. En 1897, le professeur fait valoir ses droits à la retraite. Il a 58 ans. Il se retire à Mont-sous-Vaudrey où il peut enfin se consacrer entièrement à son art. Il mourra dans ce village en 1933, à l'âge de 93 ans.
Malgré des expositions à Anvers, Londres,Stockholm, au Japon ou aux États Unis, il ne connaîtra jamais une véritable notoriété. Très indépendant, il ne s'occupait ni des modes ni des goûts du public et il ne rejoindra aucune école, préférant creuser son sillon en solitaire.
Sa peinture sombre (certains critiques l'appelleront le peintre du crépuscule) n'a rien de décoratif. Il ne peindra jamais que les paysages austères de son Jura natal, désertés de toute présence humaine et éclairés par la lumière fugitive d'un soleil la plupart du temps déjà disparu derrière un horizon dénudé. Sa palette est d'une rare sobriété, presque minimaliste. Il ne jouera qu'avec le noir, le blanc, les ocres et les verts profonds. Quelques nuances bleutées allument parfois avec parcimonie les ciels plombés et les lointains brumeux. Chaque oeuvre est baignée d'une grave sérénité qui amène le spectateur à se confronter à sa propre solitude devant la nature. L'oeuvre de Pointelin a quelque chose de mystique sous des dehors naturalistes, c'est une peinture de recueillement et de silence.
Mais on ne peut pas parler de cet artiste sans parler de deux techniques qu'il a quasiment réhabilitées: le fusain et le pastels. Ce ne sont jamais de simples études mais des oeuvres
 à part entière qui ont occupé une grande place dans ses recherches. Contrairement à ses peintures qui donnent une impression de calme et de solidité, les oeuvres sur papier dégagent une grande énergie et la lumière semble vibrer. Le médium et le geste différent privilégient une relative explosion de la couleur et donnent naissance à d'autres paysages plus mouvementés, parfois à la limite du fantastique.
Pointelin s'est attaché toute sa vie à percer le mystère d'une région, sa beauté sans artifices et son éternité.
Les expositions de ce peintre sont hélas trop rares et nous remercions le musée d'art d'Arbois de nous offrir un tel cadeau. Nul doute que Pointelin finira par sortir du purgatoire des peintres et sera un jour estimé à sa juste valeur.
Il est possible de visionner quelques tableaux sur le site suivant:

dimanche 28 juillet 2013

BD. Le Décalage. MARC-ANTOINE MATHIEU. (Delcourt).



Vertigineux est certainement l'adjectif qui qualifie le mieux le travail de Marc-Antoine Mathieu. Chacun de ses albums est un petit chef-d'oeuvre d'imagination et de trouvailles plus que surprenantes  tant sur le fond que sur la forme. Le Décalage est le 6ème volume des aventures de Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves. Ce rêveur impénitent  tombe régulièrement de son lit et se retrouve tout aussi régulièrement projeté dans un espace-temps inconnu de tous. Ce matin-là, il ne se réveille pas pour le début de l'histoire, mettant dans l'embarras les personnages secondaires qui se demandent comment sortir de cette situation et errent sans scénario et sans héros dans le désert, "enfermés dans l'infini".
 Marc-Antoine Mathieu a bien compris que son médium, la BD, constitue un monde à part entière, possédant ses propres codes. Il en joue constamment. Il joue avec ses personnages et ses décors, bien sûr, mais également avec la technique, avec l'espace- temps, avec le support dans lequel ces personnages évoluent, un support limité par son format, ses cases et sa pagination. C'est ainsi que l'on se retrouve devant une case découpée dans le papier et qui sera la cause d'un rebondissement deux pages plus loin puisque l'image apparaissant dans la découpe s'inscrira  dans un contexte différent. Certaines pages sont volontairement déchirées, quelques cases  ne contiennent qu'un noir profond d'où émerge parfois un mot blanc, ces mots que l'auteur utilise comme Beckett ou comme Devos, avec un sens de l'absurde rarement égalé. La couverture en couleur surgit presque à la fin du livre, lorsque le héros finit par rejoindre ses acolytes et que l'histoire peut enfin commencer! 
Le lecteur va de surprise en surprise, l'esprit chamboulé par un monde dans lequel il perd pied, comme les personnages eux-mêmes dont l'un déclare: " Cette absence de contexte, ce manque de perspective, c'est évident, nous sommes dans le rien..." ou le héros absent, par l'intermédiaire d'un cartouche: "Plus rien n'était écrit... je ressentis soudain un intense flottement existentiel: non seulement il n'y avait plus d'histoire, mais de surcroît j'en étais exclu...". C'est cette non-histoire que nous sommes pourtant en train de lire avec une jubilation sans bornes, comme l'univers de Marc-Antoine Mathieu.
Du grand art. Si l'auteur se défend d'être philosophe, son oeuvre devrait, elle, figurer dans les programmes  de philo.! 
 
 
Bibliographie non-exhaustive:
#  L'Origine 
#  La Qu...
# Le Processus
# Le début de la fin
# La 2,333ième Dimension
# Le dessin
# Dieu en personne
# 3''

dimanche 30 juin 2013

SCULPTURE. OUSMANE SOW. Musée des Beaux Arts et Citadelle. Besançon.

Ousmane Sow est né à Dakar en 1935. A la mort de son père, il décide de partir à Paris (1957) sans un centime en poche. Il vit de petits boulots. Sculptant depuis sa plus tendre enfance, il rêve de suivre l'enseignement des Beaux Arts, mais faute de moyens financiers, il devient kinésithérapeute. Il sculpte en autodidacte pendant ses heures de loisirs. En 1984, il repart au Sénégal et ouvre un cabinet privé avant de se consacrer entièrement à la sculpture l'année de ses 50 ans.
Sa technique très personnelle est alors au point. Il construit des armatures faites de métal, de paille, de toile de jute et de matériaux divers. Il fabrique une pâte composée de terre, de minéraux, de végétaux et d'autres produits qu'il garde secrets. Cette pâte macère pendant des mois avant de pouvoir être utilisée pour recouvrir les armatures et être  modelée.
Ousmane Sow expose pour la première fois en 1988 une série maintenant célèbre intitulée Nouba. Sa carrière est aussitôt lancée. Il expose dans le monde entier ses séries dont la retentissante Little Big Horn, hommage aux Amérindiens. L'homme est toujours au centre de son oeuvre et l'artiste exécute un  grand nombre de séries consacrées à différents peuples africains: Masaï, Peulh et Zoulou.
Des bronzes ont été tirés de ses sculptures originales : La danseuse aux cheveux courts, Lutteur debout, La mère et l'enfant, Victor Hugo, Sitting Bull etc. mais ses oeuvres ne sont jamais aussi vivantes qu'à l'état brut. Ne dit-il pas lui-même que la matière le rend aussi heureux que la naissance de la sculpture?
L' artiste se veut raconteur d'histoires et ces histoires, il les raconte avec ses statues souvent monumentales qui doivent être en mesure d'être comprises par tout le monde, c'est pourquoi il reste résolument figuratif. On ne peut néanmoins parler de naturalisme et encore moins d'anecdotisme. "Je représente l'homme, c'est tout. Je laisse les images naître d'elles-mêmes" dit-il humblement. Peut-être, mais quelles images!
Vous pourrez les découvrir du 15 juin au 15 septembre à la Citadelle et au Musée des Beaux Arts de Besançon (25) qui ont rassemblé toutes les oeuvres appartenant encore à l'artiste, avant qu'elles ne rejoignent le Musée des grands hommes que Ousmane Sow est en train de construire à quelques kilomètres de Dakar. Comme un bonheur ne vient jamais seul, la série des Grands hommes sera présentée pour la première fois en France.
Site officiel Ousmane Sow: www.ousmanesow.com
Musée de Besançon: www.musee-arts-besancon.org







jeudi 20 juin 2013

MUSIQUE. The Soul of Spain. SPAIN. ( Glitterhouse).



En 1995, Spain était l'un des premiers d'une vague de groupes à concocter une musique mélancolique, cotonneuse et lascive. Il sortait  alors un album magistral, The Blue moods of Spain, une merveille que l'on a écoutée régulièrement jusqu'à aujourd'hui sans jamais se lasser. Le groupe était formé autour de Josh Haden, auteur, compositeur, chanteur et bassiste, fils du célèbre contrebassiste de free jazz Charlie Haden. Deux albums suivront qui, bien que très honnêtes, n'atteindront pas les sommets d' émotion du premier. Il faut dire que la barre était placée très haut. Après des divergences avec sa maison de disque, le groupe se sépare (2001). Haden enregistre un album solo afin de clore le contrat. Pendant de nombreuses années il travaillera avec d'autres musiciens, tout en composant ses propres chansons. C'est en 2007 qu'il commence à songer sérieusement à reformer Spain. Il le fait avec de jeunes musiciens: Daniel Brummel (guitars, vocals), Randy Kirk (piano, Hammond organs, electric guitar) et Matt Mayall (drums and percussion). Surprise, le nouveau groupe retrouve la magie de The Blue Moods of Spain  dix sept ans après la parution de celui-ci : une musique intemporelle, introspective et hypnotique. La nouveauté vient de deux morceaux plus nerveux  pour ne pas dire plus "rocks", Because you love et Miracle man. Espérons que nous n' attendrons pas dix ans avant la sortie du prochain album, même si celui-ci devrait nous faire vibrer encore quelques saisons.
Spain a vraiment retrouvé son âme.



vendredi 24 mai 2013

LITTERATURE. JON KALMAN STEFANSSON. (Gallimard).


Jon Kalman Stefansson naît à Reykjavic en 1963 d'un père maçon et d'une mère femme au foyer. Il y passe une partie de son enfance jusqu'à ce que son père et sa belle-mère (sa mère est décédée à l'âge de 30 ans) déménagent à Keflavic. Il interrompt son cursus scolaire obligatoire à 16 ans et part travailler dans une usine de poissons. Il reprend des études trois ans plus tard pour devenir astronome tout en continuant son travail. A 23 ans, il devient... policier à l'aéroport de Keflavic. Il avait posé sa candidature en apprenant que ce travail de surveillance lui permettrait de lire tout en étant payé!
Peu à peu, il prend conscience que l'écriture est sa voie. Il commence à faire des articles traitant de littérature pour un magazine et publie deux recueils de poésie à compte d'auteur avant de trouver un éditeur pour un recueil de nouvelles. Plusieurs romans se succèdent avant l'écriture de Entre ciel et terre, premier volume de ce qu'on appellera, faute de mieux, la trilogie du gamin. Les trois volumes ne sont en fait qu'un seul roman et il est conseillé au futur lecteur de les lire dans l'ordre de leur parution. Entre ciel et terre, La tristesse des anges et Le coeur de l'homme sont les seuls livres de l'auteur à être traduits (magnifiquement) en français. Le moins que l'on puisse dire est que nous avons beaucoup de chance de pouvoir découvrir cette écriture d'une fascinante beauté. Jon Kalman Stefansson est un conteur extraordinaire, il sait comme personne camper des personnages à la fois attachants et énigmatiques, au destin souvent tragique. Son récit habité par la mythologie islandaise n'en est pas moins universel par les thèmes qu'il aborde: la vie, la pauvreté, la maladie, l'injustice, la mort, la solitude, l'amitié et l'amour. Il fait des petites gens, des gens ordinaires, de véritables mythes. Son monde n'a pas de frontières: la frontière entre la vie et la mort est aussi floue que celle de la mer et du ciel, l'horizon se confond avec les nues quand se lèvent les interminables tempêtes de neige qui transforment le paysage en désert blanc où rôdent les fantômes et où les hommes se perdent,  ces hommes qui meurent parfois d' avoir été bouleversés par un poème. Car c'est cela aussi Stefansson, une poésie omniprésente. "La poésie habite  beaucoup plus de lieux que ne le soupçonnent la plupart des gens, tout le monde ne la décèle pas." disait-il à Thierry Guichard dans Le matricule des anges, ajoutant : "Et il nous  incombe d'être constamment en quête du poétique et de mettre son énergie en mouvement: la poésie n'est-elle pas la source d'énergie la plus puissante du monde, la plus inépuisable, celle qui est toujours là? La seule chose nécessaire pour la libérer, ce sont quelques mots. Et des yeux."
Jon Kalman Stefansson nous donne les mots et des images inoubliables, à nous de faire l'autre partie du chemin. Un grand écrivain est né. En sortant presque malgré nous de cette trilogie, nous ne souhaitons qu'une chose: la traduction des autres textes de l'un des auteurs les plus marquants de ce début du XXIème siècle. 
Nous conseillons vivement à ceux qui voudraient en savoir plus sur l'auteur de se procurer le numéro 139 (janvier 2013) du matricule des anges qui lui consacre un dossier de 10 pages. Le site:    http://www.lmda.net/

dimanche 21 avril 2013

PEINTURE. FRANCISCO BORES.

Né le 6 mai 1898 à Madrid, Francisco Bores est décédé le 10 mai 1972 à Paris. Après des études à l'Académie de Cecilio Pla il participe aux salons officiels de son pays avant de gagner Paris en 1925. Il y rencontre Picasso et Juan Gris, précurseurs du cubisme. Il est dans un premier temps très influencé par le tavail de Juan Gris, même s'il sait garder sa propre personnalité. En 1927, il établit ses premiers contacts avec les marchands d'art et les galeries et signe son premier contrat avec la galerie Percier. Un article dans la revue Cahiers d'art lui ouvre des portes et l'amène à faire la connaissance des poètes et des artistes qui comptent dans le milieu culturel de l'époque: Max Jacob, André Breton, Aragon, Man Ray,Paul Eluard... Sa peinture devient moins abstraite après un séjour dans le Midi qui lui donne envie de peindre les paysages et leurs habitants. Il expose de plus en plus et, en 1931, la galerie Georges Bernheim lui organise une exposition individuelle à Paris. Sa carrière est lancée et ses peintures seront bientôt présentées  aux Etats Unis, au Danemark, au Luxembourg, en Suède et en Suisse.
Travailleur infatigable, le peintre se fait aussi graveur et illustrateur. Il réalisera en 1961 une série de lithographies pour les oeuvres complètes d' Albert Camus et une autre pour des poèmes de Federico Garcia Lorca. Il s'intéresse parallèlement au vitrail et expérimente le stylo feutre pour des dessins très travaillés.
La peinture de Francisco Bores emprunte au cubisme mais va au-delà de ce dernier par son dynamisme. Amoureux de la ligne, l'artiste possède en plus  une palette très subtile. Il est le peintre de l'intimité et de la joie de vivre, un poète de la forme et de la couleur. L'immense succès de ses compatriotes, Picasso bien sûr mais également Juan Gris a certainement quelque peu occulté son talent et nui à sa notoriété. Ceci est d'autant plus dommage que l'artiste a su créer son propre univers, un univers attachant qui mérite que l'on s'y attarde.
 http://franciscobores.com/


vendredi 12 avril 2013

BD. FRED.


Frédéric Othon Théodore Aristidès dit FRED vient de nous quitter à l'âge de 82 ans. Il naît à Paris en 1931. Enfant, il ne cesse de dessiner dans les marges de ses cahiers et dès l'âge de 15 ans il publie des dessins humoristiques dans OK. Étudiant, il dessine pour de nombreuses revues et journaux. Il rencontre Cavanna, Topor, Wolinski, Reiser, Cabu et le Professeur Choron avec lesquels il fonde Hara-Kiri. En plus du journal dont il dessinera près de 60 couvertures, il s'adonne à la BD et publie, entre autres, son premier chef-d'oeuvre Le petit cirque. En 1966, Hara-Kiri est interdit par le pouvoir, Fred se tourne alors vers Pilote et impressionne Goscinny par son imagination débordante. Il crée le personnage de Philémon dont il racontera les aventures en 16 superbes albums. Parallèlement, ne voulant pas être réduit à la paternité d'une seule oeuvre, l'artiste publie régulièrement de nombreux albums dont l'indispensable Le journal de Jules Renard lu par Fred, l'inénarrable L'histoire du conteur électrique ou le splendide L'histoire du corbac aux baskets qui a reçu l' Alph'art du meilleur album au Festival d'Angoulême en 1994. Il avait travaillé sur cet album à sa sortie de l'hôpital psychiatrique où l'avait conduit une grave dépression nerveuse.
L'oeuvre de Fred est d'une rare poésie qui n'a d'égal que son humour décalé et son sens extraordinaire de l'absurde. L' univers de l'auteur ne ressemble à aucun autre, le lecteur passe de la réalité au rêve parfois sans en prendre  vraiment conscience tant le surréalisme en fait intégralement partie. Pas une planche qui n' apporte son lot de surprises. Le dessin acéré, presque minimaliste est reconnaissable au premier coup  d'oeil. Rares sont les créateurs de BD à allier un si grand talent de conteur à un style de dessin aussi original.
Fred aimait écrire et non content de faire ses propres albums, il a travaillé pour d'autres dessinateurs et a signé 35 scénarios de courts métrages ainsi que quelques chansons pour Jacques Dutronc.
A la fin de l'année 2011, il avait subi une opération du coeur qui l'avait fragilisé, il voulait tout de même terminer la série de Philémon avec un ultime album dont il avait déjà dessiné les premières pages. Le train où vont les choses est sorti le 22 février 2013, un peu plus d'un mois avant son décès survenu le 2 avril.

jeudi 21 mars 2013

CINEMA. Le quattro volte. MICHELANGELO FRAMMARTINO.

Le quattro volte est sorti en DVD. Voici un film qui ne fait pas l'unanimité. Il faut dire que le public n'a guère l'habitude de voir une fiction sans acteurs, sans dialogues, sans musique et sans intrigue! Pour son deuxième film, Michelangelo Frammartino a de nouveau choisi de tourner en Calabre, la Calabre rurale où perdurent les traditions et les superstitions ancestrales. Comme son titre le suggère, Le quattro volte se déroule en quatre parties. On suit tout d'abord les derniers jours de la vie d'un vieux berggrand sapin que l'on voit traverser les saisons avant d'être abattu au cours d'une fête traditionnelle et devenir charbon de bois. Cette construction sert le dessein du réalisateur qui veut replacer l'homme dans la nature au même titre que les autres éléments, l'animal, le végétal et le minéral. Dans les interviews, Michelangelo Frammartino cite Pythagore  et Nietzsche, mais, quelle que soit sa philosophie, son oeuvre va bien au-delà des mots et des croyances. Sa force est dans sa simplicité apparente. Il suffit d'être sensible à la nature, de savoir regarder et écouter... et de faire preuve d'un peu d' humilité pour se laisser emporter par la poésie universelle de ce film contemplatif d'où ne sont absents ni l'humour ni la tendresse.
Le réalisateur fait le lien entre l'homme et son milieu. Ici les paysages ne sont pas, comme on le dit trop souvent, des décors. L'homme en fait partie, qu'il le veuille ou non et quand il l'oublie, il perd la notion de ce qu'il est véritablement. Cette idée peut déranger à une époque où l'on s'étonne qu'il neige en hiver, où la plupart pense que la mer n'est qu'un immense terrain de jeux pour les vacances et la montagne un mur d'escalade géant! Il n'est pas inutile de rappeler à chacun, d'une aussi belle manière, que nous ne sommes rien d'autre (et c'est déjà beaucoup) qu'une parcelle de cet univers qui nous dépasse et que nous essayons vainement de dompter. Michelangelo Frammartino nous fait nous poser les bonnes questions par le biais de ce petit chef-d'oeuvre qui se laisse savourer comme un morceau de musique. La mauvaise manière de voir Le quattro volte serait de l'intellectualiser, les sens suffisent  amplement pour apprécier à sa juste valeur ce film  fascinant.

Un deuxième DVD contient les bonus: interviews du réalisateur, des ingénieurs du son, du dresseur de chien, documentaire sur la fête de l'arbre etc. Une oeuvre à part entière.

samedi 9 mars 2013

MUSIQUE. Push The Sky Away. NICK CAVE AND THE BAD SEEDS. (Bad Seed Ltd).

Qui aurait pu croire il y a 30 ans que Nick Cave, non seulement serait encore vivant en 2013, mais qu'en plus il sortirait à 56 ans l'un des plus beaux albums de ce qu'il faut bien appeler une carrière, et même une carrière sans aucun faux-pas? Si sa vie n'a pas été un long fleuve tranquille, la musique de ce miraculé n'en a jamais souffert. Aujourd'hui, guéri de ses addictions, il est devenu un "classique" dont on attend les disques avec impatience.

Push the sky away est une pierre blanche dans sa production. Le guitariste-complice, Mick Harvey, ayant quitté le groupe, finies les tempêtes de guitares. A l'écoute des premières prises, les Bad Seeds et leur leader sont surpris par leur nouveau son. Ils décident de ne pas remplacer Mick Harvey et de laisser la place à un silence qui permet aux morceaux de respirer. Nick Cave dira dans une interview donnée aux Inrockuptibles: "...tout cet espace entre les instruments nous a impressionnés. C'était trop beau pour être souillé par des guitares." Nous lui laissons la responsabilité de ses paroles mais il faut bien reconnaître que Push the sky away s'accomode très bien des guitares en retrait, mieux, c'est ce qui fait son originalité. Pour la première fois la musique de Nick Cave and The Bad Seeds est presque sereine même si avec le personnage tout est relatif, la sérénité du musicien ne ressemble en rien à celle d'un bouddhiste! Les mélodies sont superbes et le travail de Warren Ellis (orgue, violon, flûte etc.) remarquable de sobriété et d'inventivité. Ce quinzième album fera date. "Certains disent que ce n'est que du rock'n' roll mais ça touche directement l'âme" chante Nick Cave dans le dernier morceau, nous ne pouvons qu'être d'accord avec lui.

                                                              
                                                                  www.nickcave.com
 

mardi 19 février 2013

PEINTURE. TOM THOMSON.

Il est des hasards heureux. Fan du groupe canadien Siskiyou (voir les archives du blog), Le Zig! a bien sûr visité son site et a été marqué par une chanson superbe (Always Awake) qui accompagne une peinture tout aussi superbe signée Tom Thomson . Les recherches sur ce peintre que nous ne connaissions pas nous ont emmenés très loin. Merci Siskiyou!
Thomas Tom Thomson est né à Claremont (Ontario) le 5 août 1877. Très jeune il s'intéresse à la musique et à la peinture. Son oncle, l'un des plus grands naturalistes de cette époque l'emmène souvent avec lui recueillir des spécimens et lui enseigne les rudiments des sciences naturelles ainsi que l'observation et le respect de la nature. En 1903, Thomson n'ayant pas pu pour raisons de santé suivre l'école secondaire, part étudier à Seattle. Après diverses expériences professionnelles, il décide de s'y installer. Une déception amoureuse le ramène à Toronto où il décide de se consacrer à la peinture en amateur. Il travaille comme dessinateur-graveur. En 1906, il s'inscrit aux cours du soir de la Central Ontario School of Art and Design. En 1912, il rencontre les futurs membres du Groupe des Sept ainsi que le docteur James Mc Callum qui deviendra son mécène. Sa passion pour la nature l'amène à travailler comme garde forestier dans le parc protégé Algonquin. Il y trouve son inspiration et ses thèmes, faisant des croquis et peignant des études qu'il utilise pour les grands formats en atelier. Il expose pour la 1ère fois en 1913 et devient membre de l'Ontario Society of Artists, le Musée National des Beaux Arts du Canada ayant acquis l'une de ses toiles. Jusque là, l'establishment artistique était persuadé que les paysages nordiques, austères et sauvages, n'avaient aucun intérêt pictural. Il a dû déchanter et abandonner ses préjugés devant les tableaux de Thomson qui dira humblement: "Ma meilleure oeuvre ne rend pas justice à la beauté du lieu."
En à peine cinq ans, l'artiste se fera le chantre d'une nature qu'il aimait passionnément et qu'il fréquentait en ermite. Excellent dessinateur, il sait rendre l'architecture d'un arbre comme personne. Entre réalisme poétique et expressionnisme, sa peinture est incroyablement puissante et dynamique, donnant parfois une impression de mouvement hors du commun . Peu de peintres ont su saisir la vibration de la nature en tant que milieu naturel de l'homme.
Souvent associé au Groupe des Sept dont il fut l'inspirateur, il n'en a jamais fait partie.
Tom Thomson est mort en 1917 dans des conditions mystérieuses. On vit sa barque dériver sur le lac Canoe où il était parti pêcher seul et son corps fut retrouvé, flottant sur l'eau, une semaine après sa disparition.
Un artiste à découvrir ou à redécouvrir absolument.
Pour voir des peintures de Thomson:
www.bertc.com/subtwo/gallery_32.htm
http://www.arthistoryarchive.com/arthistory/canadian/Tom-Thomson.html
http://tomthomsonart.ca/
Emission radio:
http://archives.radio-canada.ca/arts_culture/arts_visuels/clips/5458/

vendredi 15 février 2013

MUSIQUE. Show me the steps. BILLY MARLOWE. ( New Tex Records).

On ne sait pas grand chose de Billy Marlowe, il faut dire que son parcours n'est pas commun. Né William Samuel Bork  en 1943 à Oklahoma City, il part au Canada pour échapper au service militaire. En 1983, l'ingénieur du son Steve Satterwhite qui vient  de mettre toutes ses économies dans un petit studio, lance une annonce pour commencer à l'utiliser. Il voit arriver Billy Marlowe, l'artiste a quarante ans et déjà un long vécu, il a voyagé de Toronto à San Francisco, de Louisville à Baton Rouge et de Bruxelles à Amsterdam, il a connu l'alcool, la drogue, la rue et la prison. Satterwhite est vite conquis par sa gentillesse, son charisme et surtout son talent . Il regroupe quelques musiciens, Doug Hinman (batterie), Shawn Colvin (voix), Stephen Gaboury (claviers), Jeff Golub (basse), Kenny Kosek (violon), Tony Garnier, John O'Hare... et enregistre Show me the steps. L'album est réussi mais la période est au disco et les majors ne laissent pas beaucoup de place aux labels indépendants. Sans moyens financiers, la seule possibilité est de sortir quelques disques et cassettes en espérant que quelqu'un s'intéressera à un poète songwriter inconnu. Ce ne sera pas le cas et l'aventure en restera là. Billy Marlowe retombera dans l'anonymat et continuera pendant quelques années à chanter ses chansons et à se battre avec la vie. Il mourra en 1996 à lâge de 53 ans. Peu avant sa mort, il avait dit à son fils : "J'ai écrit quelques bonnes chansons, je suis prêt à y aller."
Steve Satterwhite n'a jamais oublié Billy et a ressorti l'album... trente ans après son enregistrement. C'est un petit chef-d'oeuvre qu'il aurait été dramatique de ne pas pouvoir écouter. Les mélodies sont superbes et les textes sont portés par une voix aussi belle que touchante. Billy Marlowe est l'égal des grands de la musique folk américaine.
Sa soeur, parlant de lui dit qu'il  était d'un optimiste sans bornes en dépit de toute raison et qu'il riait des ironies de la vie même quand il en était la victime. Là où il est, si on peut encore rire, cette histoire doit l'amuser! Pour notre part, profitons de ces dix magnifiques chansons en espérant que, comme ce fut le cas pour Jackson C. Frank quelqu'un retrouvera peut-être d'éventuels enregistrements.
Merci à Steve Satterwhite.



                                              www.newtexrecords.net

mercredi 6 février 2013

MUSIQUE. Psychopharmaka. Rodolphe BURGER. Olivier CADIOT. ( Dernière Bande Music).

Après Welche, On n'est pas des indiens, c'est dommage et Hôtel Robinson, Rodolphe Burger et Olivier Cadiot nous emmènent sur les routes de Suisse et d'Allemagne pour un hommage à la richesse phonique de la langue allemande trop souvent jugée à l'aune de mauvais souvenirs. Au fil du disque les deux sculpteurs de sons convoquent Celan, Nietzsche, Kaspar Hauser, Brahms, Schubert mais aussi Kraftwerk et les nombreux anonymes rencontrés lors de leurs pérégrinations. Le parcours qu'ils nous proposent est aussi surprenant qu'inventif. Les deux complices ont une idée bien à eux de l' Allemagne et de son apport culturel. Ils font se côtoyer rock, electro et musique dite "classique", poètes, peintres et philosophes, assoient à la même table les vivants et les morts par la magie des samples et les collages de sons.
Mais tout cela ne doit pas effrayer l'auditeur qui veut simplement écouter de la musique, les références de Burger et de Cadiot ont justement pour principal objectif la musique, la voix et la guitare de Rodolphe sont toujours au rendez-vous et les musiciens Julien Perraudeau (claviers) et Alberto Malo (batterie) ne chôment pas! Vous pouvez écouter le premier morceau de l'album sur le site


samedi 2 février 2013

PEINTURE. LERMITE.

Le deuxième jour de l'année 1920 naît à Le Locle (Suisse) Jean-Pierre Schmid. A 18 ans, il entre à l'école d' Art de Bienne où il restera jusqu'en 1940. Il découvre la peinture de Paul Klee, Kandinski,celle des peintres du Blaue Reiter et de la Brücke. Plus tard il sera un admirateur de Munch et de Ensor.
Il travaille d'abord comme peintre en bâtiment et décorateur de théâtre avant de s'installer à Saignelégier, à quelques pas de la frontière française. Il rêve de gagner Paris mais la guerre l'en empêche. Il se lie avec le peintre Coghuf. En 1947 il vit en ermite à l'écart du village de La Brévine. Il adopte le surnom que lui donnent les villageois et devient Lermite. Après son mariage (1950), il fait un séjour à Paris puis à Florence,et déménage dans une ferme au- dessus du village des Bayards (Jura Neuchâtellois). Il peint sans cesse ce et ceux qui l'entourent. En 1958 il voyage au Danemark et en Espagne et se met à la lithographie.  Curieux de tout ce qui concerne la peinture et les Arts graphiques, il crée des vitraux , exécute des décors muraux, travaille en noir et blanc, grave et invente sa technique de la gouache rehaussée de craie. Il meurt aux Bayards le premier jour de l'année 1977. 
Profondément enraciné dans son vallon jurassien  , entouré de nature et de silence, Lermite, néanmoins, s'inscrit curieusement dans le langage pictural de son époque même si sa forte personnalité l'empêchera d' intégrer vraiment un quelconque mouvement en vogue. Ses motifs de prédilection, les paysages, les villages environnants, les pare-neige, les chasse- neige, les citernes, les chars à fumier ou les intérieurs des ateliers d'horlogers, il les peint à sa manière, utilisant la géométrie, épurant le dessin pour n'en garder que l'essentiel, organisant l'espace de façon magistrale tout en y insufflant une belle poésie.
Il réussit à partir d'un univers qui pourrait sembler réduit, à donner à son oeuvre une dimension cosmique et universelle.
On comprend mal pourquoi un tel artiste n'est connu que d'un nombre restreint d'"initiés". Il faut dire que la quasi-totalité des oeuvres graphiques de Lermite est cantonnée au Musée des Beaux-Arts de Le Locle et que les derniers livres sont sortis dans les années 70 et n'ont, à notre connaissance, jamais été réédités. Espérons que ce purgatoire sera de courte durée.
On peut voir un échantillon du travail de Lermite en cliquant sur le lien suivant :
www.amecouleur.ch/galerie-art...peinture.../lermite_122.php
et lire un entretien avec un de ses modèles sur
www.les-bayards.com/lermite.htm
Le cinéaste suisse Marcel Schüpbach a tourné un excellent documentaire sur son compatriote en 1979, ce court métrage est une belle façon de faire connaissance avec Lermite et sa région. En mettant en parallèle les paysages jurassiens d'une beauté austère et les oeuvres qu' ils ont inspirées au peintre, le réalisateur nous fait entrer de plain-pied dans son univers. Ce documentaire est vendu sous forme d'un double DVD qui contient deux  fictions de Schüpbach, L'allègement et Les agneaux qui ont été tournés dans le Jura. Le prix n'est pas prohibitif puisque le tout coûte moins de dix euros.

samedi 26 janvier 2013

MUSIQUE. RANDY NEWMAN.

Mais pourquoi Randy Newman n'est-il pas plus connu sous nos latitudes? Peut-être a-t-il trop nagé à contre-courant? Dès son premier disque (1968) le bonhomme était déjà atypique. Avec ses lunettes épaisses et son look de représentant de commerce, il ressemblait plus à Woody Allen qu' à  Mick Jagger, il s'escrimait à jouer du piano alors que l'époque était aux guitar heroes et préférait les violons à la batterie. Ses textes n'avaient rien de sucreries pour adolescents et leur auteur ne brassait pas non plus de grandes idées, il se faisait déjà le chroniqueur inspiré et ironique, parfois même sarcastique, des travers de la société américaine et de ses compatriotes. Bref, comme le dit François Gorin dans son très bon livre Sur le rock (Editions de l'Olivier), selon les critères pop, Newman n'est pas vendable.   
Randy Newman naît à Los Angeles en 1943. Il vit en Louisiane puis en Alabama avant de grandir à Los Angeles où il apprend le piano. Adolescent, il écrit et vend quelques chansons. Plus tard, diplômé en composition musicale, son côté "dilettante" et sa voix cassée, presque discordante, ne le poussent pas à interpréter ses chansons lui-même. Il écrit et devient arrangeur pour des maisons de disques. Ses oeuvres sont chantées par  Alan Price, Eric Burdon, Cass Elliot ou Harry Nillson. Il accompagne même  parfois au piano certains de ces artistes. En 1969, il se décide enfin à sauter le pas et se produit sur scène avant d'enregistrer un premier disque intitulé tout simplement Randy Newman. Le disque est bien reçu par la critique mais se vend mal. Randy Newman renouvelle néanmoins l'opération avec 12 Songs, accompagné à la guitare par Ry Cooder.
Ce n'est pas non plus un gros succès commercial mais son public s'étoffe. Vient ensuite Sail Away (1972) qui lui permet de décoller. La chanson-titre est reprise par Ray Charles et par Linda Ronstadt. Entre temps est sorti un live qui se vend bien. En 1974 paraît Good Old Boys qui reçoit un bel accueil malgré les messages acides et non-politiquement corrects adressés sans ménagement à l'américain moyen du Sud, raciste et étroit d'esprit. Ensuite, l' homme décide de se reposer pendant trois ans: "je n'avais pas envie de travailler, ça m'a repris un matin en rentrant dans ma salle de bains" dira-t-il ! La paresse est bien récompensée puisque le très beau Little Criminals (1977) sera son premier succès international et son seul disque d'or aux Etats Unis. En 1979 sort le controversé Born Again. Depuis les années 80, Randy Newman a choisi de se consacrer aux musiques de films. L'une de ses plus belles réussites est la musique de Ragtime de Milos Forman. Cela ne l'a pas empêché (un comble pour "un flemmard" qui, de surcroît a failli mourir d'une grave maladie) d'enregistrer quelques bons et surprenants albums comme le très travaillé Harps and Angels (2008).
Le musicien est souvent assez déroutant, sa voix blues et soul semble utilisée à contre- emploi dans les chansons à l'humour pince-sans-rire. Mais Randy Newman sait aussi se faire extêmement émouvant quand il redevient sérieux et si vous ne vous méfiez pas, il est capable de vous tirez des larmes ! (Texas girl at the funeral of her father, Old man the farm, Jolly Coppers on parade, I miss you etc.).
Outre les chansons qu'il a écrites spécialement pour d'autres, il a été repris par des artistes de tous horizons : Nina Simone, Judy Collins, Alan Price, Joe Cocker, Flamin Groovies, Peter Gabriel, Ringo Star ...
Ceux qui voudraient découvrir Randy Newman peuvent le faire avec le superbe Randy Newman. Live in London. Enregistré et filmé au LSO St. Luke's. Le musicien est accompagné par l' orchestre de la BBC. (Nonesuch). CD + DVD.

Toujours sur la brèche et soutenant Obama, il a enregistré en 2012 une chanson anti-raciste intitulée I'm dreaming téléchargeable gratuitement sur son site.


samedi 19 janvier 2013

MUSIQUE. Screws. NILS FRAHM. (Erased Tapes Records).

Nils Frahm nous prouve, s'il en était besoin, que la création comme la vie a souvent à voir avec "le hasard et la nécessité". Il vient d'enregistrer un concept-album, sinon malgré lui, du moins dans des conditions qu'il n'avait ni imaginées ni prévues.
Le hasard: le pianiste se casse le pouce de la main gauche et doit abandonner tous ses projets en cours.
La nécessité: bien que le médecin lui conseille de ne pas toucher le piano pendant un certain temps, Nils Frahm ne peut pas s'en empêcher, jouer lui est nécessaire, alors un soir, il se remet à l'ouvrage avec 9 doigts.
Le concept se construit de lui-même. Le musicien installe un micro et les 9 doigts vont finir par créer 9 morceaux, chacun ayant pour titre les 7 notes de la gamme ainsi qu'une introduction qu'il baptise You et une conclusion qu'il appelle Me!
A la même époque, il y a trois ans, Nils Frahm avait enregistré le très beau Wintermusik, originellement prévu pour être offert en cadeau de Noël à sa famille et à ses amis. Screws pourrait être le deuxième volet de cet album, il est tout aussi intimiste et peut- être encore plus mélancolique sans jamais être pesant.
Pas de démonstration ici, un minimum de notes pour un maximum d'émotion, c'est l' apanage des grands.

                              

jeudi 10 janvier 2013

POESIE. Journal d'un manoeuvre .(L'Arpenteur)- L'homme qui penche.(Pleine Page Editeur). THIERRY METZ..

Thierry Metz est né à Paris en 1956. Il découvre la poésie en autodidacte. A l'âge de 21 ans, il s'installe à Agen où il partage son temps entre le travail en usine ou sur les chantiers de constructions comme manoeuvre, et son travail d'écriture. En 1978, il rencontre Jean Cussat-Blanc, fondateur de la revue Résurrection qui édite ses premiers textes avant de le présenter à Jean Grosjean, poète, essayiste, lecteur et traducteur chez Gallimard qui est à l'origine de l'édition du recueil qui fera connaître le jeune auteur, Le journal d'un manoeuvre. Le poète est à peine reconnu lorsqu 'un chauffard tue l'un de ses trois fils sous ses yeux (1988). Thierry Metz ne s'en remettra jamais, hanté par le drame, il trouve refuge dans l'alcool. Essayant de reprendre pied, il se fait interné volontairement à l'hôpital de Cadillac où il mettra fin à ses jours le 16 avril 1997, laissant derrière lui une oeuvre d'une rare originalité.
Le journal d'un manoeuvre s'ouvre avec l'embauche de l'auteur sur un chantier et s'achève avec la fin des travaux. Étrange sujet que le poète transcende de son écriture  d'une extraordinaire intensité. Il nous parle des dures journées de travail, de la fatigue, il brosse en quelques mots le portrait de ses collègues mais s'attarde aussi parfois sur les moments de loisirs à la maison. Tout cela pourrait sembler banal et pourtant que de pages lumineuses, que d'images magnifiques nous sont offertes par ce manoeuvre-poète qui sait dire presque en chuchotant l'essentiel de la condition humaine!
L'homme qui penche est le fruit de deux séjours en hôpital psychiatrique.
 C'est l'alcool. Je suis là pour me sevrer, redevenir un homme d'eau et de thé... je dois tuer quelqu'un en moi, même si je ne sais pas trop comment m'y prendre. Toute la question ici est de ne pas perdre le fil. De le lier à ce que l'on est, à ce que je suis, écrivant.
Malgré sa fin tragique, Thierry Metz aura mené son écriture jusqu'au bout des 90  textes qui disent le mal-être, la vie abîmée, qui dressent les portraits émouvants de celles ou ceux qui, comme lui, ont été blessés à tout jamais. L'émotion est palpable, chaque fragment est un petit chef-d'oeuvre d' humanité et de poésie:
Elle est maigre, très maigre et ne parle pas, toujours étonnée de nous voir, presque transparente, soutenue comme une brindille par un oiseau que nous ne voyons pas.
Ce livre, plus qu'un livre de plus à lire est une expérience dont on ne sort pas indemne.

Merci à Maryse Vuillermet et à Fabienne Swiatly de nous avoir fait découvrir un tel auteur.

La revue Diérèse a consacré deux numéros à Thierry Metz:

mardi 1 janvier 2013

LITTERATURE. Le Trésor de la guerre d'Espagne. SERGE PEY. (Editions ZULMA).

Il était prévu que nous reparlions de Serge Pey dans la rubrique poésie, c'était sans compter avec l'éclectisme d'un artiste à la fois écrivain, poète, plasticien, improvisateur etc.
Le Trésor de la guerre d'Espagne est un recueil de 17 nouvelles arrachées à la mémoire et à l'imagination de l'auteur, héritier des révoltes de ses aïeux résistants républicains pendant la guerre civile.Ces nouvelles sont un bel hommage à leurs combats. Il ne s'agit pas d'Histoire ici mais d'histoires, souvent vécues par des enfants, ce qui permet à Serge Pey de laisser libre court à son inspiration et à son immense talent de conteur. Des histoires rarement drôles, souvent dramatiques, parfois terribles mais toutes écrites dans un style remarquable, superbe et poétique. Reliées entre elles par certains personnages ou certaines situations, elles pourraient composer 17 chapitres d'un roman si chacune d'elle n'était pas si pleine et si puissante.
Le risque était grand d'introduire la beauté de l'écriture, l'humour ou la tendresse dans un univers de violence extrême au coeur de l'horreur fasciste, paradoxalement, c'est cela qui fait la force de ce livre, lui évite de tomber dans le pathos et fait des personnages qui le peuplent des êtres de chair et de sang qu'on n'oublie pas.
Le Trésor de la guerre d'Espagne est le titre d'une des nouvelles, il pourrait également qualifié cet ouvrage.
www.zulma.fr
Serge Pey a créé une pièce de théâtre à partir de son livre. Il en a fait lui-même l'adaptation et la mise en scène. La scénographie est de Chiara Mulas. Comédien: Jean-Yves Michaux.

La vidéo suivante est une lecture de l'une des nouvelles de Le Trésor de la guerre d'Espagne




mardi 25 décembre 2012

MUSIQUE. KEVIN COYNE.


Le hasard fait parfois bien les choses, nous voulions vous reparler de Kevin Coyne et voici que l'actualité nous rattrape avec la sortie d'un album très particulier. Mais avant d'aller plus loin, il est peut-être nécessaire pour ceux qui ne connaissent pas ou peu l'artiste de retracer brièvement son parcours.
Kevin naît en 1944 en Angleterre dans une famille de la classe moyenne. Il fait des études d'art avant de devenir thérapeute social en 1965. Il s'occupe essentiellement des alcooliques, des drogués et de ceux que l'on dit "en rupture de société". Parallèlement à ce travail, il fait de la musique. Il forme bientôt le groupe Siren qui sortira deux disques sur le label de John Peel, Dandelion. Le succès n'est pas au rendez-vous et Kevin décide d'essayer le solo. En 1972, il autoproduit Case History. Les chansons sont inspirées par les paumés qu'il a rencontrés dans le cadre de son travail. Il dira lui-même ce n'est pas un disque, c'est une période de ma vie. L'album est une réussite, hélas, Dandelion dépose le bilan l'année suivante, Case History perd toute ses chances d'obtenir le moindre succès commercial. C'est alors que le musicien signe chez Virgin Records. Il enregistre en quelques jours un double album qui fera date,le magnifique Marjory Razorblade. L'inspiration n'est pas très éloignée de celle de Case History comme ce sera d'ailleurs le cas pour les quarante albums qui suivront! Premier album chez Virgin et, déjà, premières dissensions. Kevin veut ouvrir le disque avec la chanson qui lui donne son titre mais qui n'a rien d'un hit potentiel, de plus, il la chante a-capella. Ceci n'est pas du goût du label. L'artiste ne lâchera pas. Suit Blame It On The Night (1974) qui sera tiré à peu d'exemplaires et... jamais réédité. Ceci est d'autant surprenant que ce disque ne  contient  que de très belles chansons de surcroît beaucoup plus directement accessibles que celles de Marjory. Viennent  ensuite Matching Head and Feat (1975), Heartburn (1976), puis In Living Black and White (1976), un live époustouflant qui fera décoller Kevin. Le groupe se compose de Zoot Money au piano, Andy Summers (futur Police) à la guitare, Steve Thompson à la basse et Peter Woolf à la batterie, un groupe de rêve pour la musique d'un tel artiste.
Les albums, toujours superbes et d'une rare émotion, se suivront malgré les tensions incessantes entre Virgin et son poulain rétif qui n'en fait qu'à sa tête et qui se moque ouvertement du succès  commercial.  Mais Kevin travaille beaucoup, enchaîne enregistrements et tournées. Écorché vif, il finit par s'épuiser et passe par plusieurs dépressions nerveuses qu'il a un peu trop tendance à vouloir soigner par l'alcool.
En 1983, il enregistre un autre live, le très bon Kevin Coyne Rough and More. Le groupe d'une belle puissance comprend Peter Kirtley à la guitare, Steve Lamb à la basse et Dave Sheene à la batterie. On n'entendra plus parler de Kevin Coyne pendant longtemps. Miné par la dépression, l'alcool et son divorce, il part en Allemagne où, ironie du sort, il va bientôt ressembler à ceux qu'il a soignés et à qui il a donné la parole dans beaucoup de ses textes. Il vit dans des squats et n'a même plus de guitare. Il est récupéré par des musiciens allemands qui essaient de le remettre en selle. Hélas, la bonne volonté ne suffit pas. Suivent quelques albums médiocres. Kevin, pour la première fois de sa carrière, se laisse ballotter par un groupe trop lisse. Cela lui permet tout de même de rester vivant et d'abandonner définitivement l'alcool, ce qui n'est pas rien. Il faudra attendre l'arrivée de ses deux musiciens de fils, Eugène et Robert, pour qu'il renaisse à sa musique. Il va enregistrer encore quelques chefs- d'oeuvre comme Sugar Candy Taxi (1999), Donut City (2004) ou Life Is Almost Wonderful (2002), un duo acoustique avec Brendan Croker, et donner quelques très bons concerts malgré une grave maladie des poumons qui l'oblige parfois à chanter sous assistance respiratoire. Il meurt en décembre 2004. Il s'était produit à Paris pour la dernière fois en février de la même année.
Kevin Coyne était également peintre et écrivain, et non des moindres,vous pouvez voir de très nombreuses toiles et acheter ses livres (en anglais) sur le site: www.kevincoyne.de

La surprise de cette fin d'année est la sortie de Nobody Dies In Dreamland. Home recordings from 1972 (Turpentine Records en association avec Cherry Red Records).
En 1972, un ami offre à Kevin un magnétophone deux pistes. Il enregistre une quarantaine de chansons en une semaine! Il chante son quotidien, ses angoisses, ses colères ou l'amour, comme l'ont fait avant lui les bluesmen. Contrairement aux autres musiciens de l'époque qui s'inspirent de ces derniers, Kevin n'a pas besoin de ça, sa vie est suffisamment riche en joies et en souffrances pour nourrir ses textes et sa musique... , pourtant, curieusement, il est plus près de l'esprit du blues que ceux qui cherchent tout simplement à l'imiter. Ces 19 chansons préfigurent celles de Case History et des autres albums qui suivront. Remercions ses fils et leurs amis de nous faire partager la genèse d'une telle oeuvre.

Profitons-en pour signaler des sorties moins récentes mais tout aussi intéressantes.
Kevin Coyne On Air (Tradition & Moderne).




Virgin n'ayant pas daigné ressortir l'un des meilleurs albums live de l'histoire du rock, le superbe In Living Black and White, on pourra se procurer cet autre live de légende. Le groupe est le même. L'enregistrement d'excellente qualité est l'oeuvre de Radio Bremen en 1975. Seize morceaux dont Eastbourne Ladies, Sunday Morning Sunrise, Saviour, House On The Hill et Turpentine.

DVD. Kevin Coyne. 1979 Live at WDR-Studio L Cologne. (Blastfirstpetite en association avec Rockpalast).(www.blastfirstpetite.com     www.rockpalast.com )


L'un des rares concerts filmés de Kevin Coyne. Sur scène, deux musiciens, Kevin et sa guitare et le complice Zoot Money et ses claviers pour une performance qui tient autant du théâtre que du concert. On sent toute la folie créatrice d'un artiste habité par les personnages de ses chansons plus dépouillées que jamais. De véritables moments d'anthologie avec un Amsterdam poignant, un Saviour comique, une version extraordinaire de Are We Dreaming, l'inévitable Having A Party, un Don't Blame Mandy à nous tirer des larmes et un terrible Burning Head Suite à donner des frissons, sans parler de This World Is Full Of Fools ou de Pretty Park.



Dix-huit titres indispensables du clown triste, parfois gai ou terrifiant mais toujours profondément humain: Kevin Coyne.

Au cas où certains aimeraient aller plus loin dans la découverte, nous leur recommandons aussi la pièce maîtresse de l'oeuvre, Marjory Razorblade, que Virgin a tout de même fini par remastériser, ainsi que la compilation I Want My Crown The Anthology 1973-1980. Des extraits de Marjory Razorblade, Machine Head and Feat, Heatburn, In Living Black and White, Beautiful Extremes, Dynamite Daze, Millionaires et Teddy Bears, Babble, Bursting Bubbles, Sanity  Stomp ,des faces B, des extraits de concerts (entre autres celui de Hyde Park en 1974) etc. 75 titres répartis sur 4 disques qui dressent un panorama d'une oeuvre inoubliable.

Des dizaines de vidéos sont également visionnables sur You Tube.

Une adresse, elle aussi indispensable, pour ceux qui deviendraient accros! Plein d'infos, d'interviews,de photos les textes etc.
http://kevincoynepage.tk/