vendredi 8 juin 2012

CINEMA. FRANCOIS ROYET.

Voici une très bonne nouvelle: la création du site de François Royet sur lequel nous pourrons voir ou revoir la quasi-totalité de ses films. Le réalisateur déclare sur la page d'accueil : "J'ai voulu cet espace totalement libre d'accès pour vous permettre de visionner mes films hors des contraintes imposées par les circuits   de   distribution habituels." Ce sont plus d'une douzaine de films, courts et longs métrages, fictions et documentaires qui nous sont proposés. Entre autres les très originaux Courbet la tourmente et Crayon, terre savon et rouille sur fond de journal, ayant pour thème la peinture, le très émouvant documentaire montrant un atelier de danse en milieu carcéral Intra-muros mouvements, le surprenant documentaire animalier Vie sauvage dans les roseaux qui nous entraîne au coeur d'une roselière, et, bien sûr, Des nouvelles d'ici-bas, à notre avis l'un des meilleurs documentaires jamais réalisé sur ces hommes qui pour maintes raisons ne peuvent vivre qu'en marge de la société.

Une heureuse initiative.

http://www.francoisroyet.com/

lundi 4 juin 2012

MUSIQUE. Americana. NEIL YOUNG.(Reprise.Warner).

Voici le 34ème album de Neil Young qui retrouve avec un plaisir évident son légendaire Crazy Horse (avec lequel il n'avait plus joué depuis 9 ans). Le musicien n'avait jamais jusque-là été un adepte des reprises, avec Americana il rattrape le temps perdu puisque tous les morceaux sont issus du folklore américain. Certaines chansons ont été composées il y a 200 ans, pourtant comme il le dit lui-même, "tous les morceaux parlent encore aujourd'hui des mêmes sujets et s'avèrent très actuels... Ils sont aussi puissants qu'à l'époque à laquelle ils ont été écrits." Ces morceaux, il leur a imposé son propre style et si on peut regretter que Neil Young n'ait pas choisi ses propres compositions pour ses retrouvailles avec Crazy Horse, nous ne ferons pas pour autant la fine bouche à l'écoute d'un album très attachant.
                                






                                                http://www.neilyoung.com/


jeudi 10 mai 2012

MUSIQUE. The House of many doors. JOHAN ASHERTON. (EDK)

Depuis 2005 et la sortie de son magnifique album Amber Songs qui avait fait l'unanimité des critiques spécialisés, quatre albums de Johan Asherton ont vu le jour: Johan Asherton Live at Canal 93 (2006), Cosmic Dancer: A tribute to Marc Bolan (2007), Johan Asherton Live at the cinema Jean Vigo (2009) et Hight Lonesomes (2010), autrement dit deux "live", un hommage et un album de reprises (Bob Dylan, Jackson Browne, Jackson C. Frank, Townes Van Zandt, Tim Hardin ...). Si son grand talent nous a permis de patienter, nous ne pouvions pas nous empêcher d'espérer secrètement la sortie d'un album de ses propres compositions. Le voici avec The House of Many Doors. Tout aussi intimiste que son prédécesseur, il nous offre 11 chansons superbement habillées. Chacun des nombreux instruments apporte une couleur différente aux pièces dont les portes s'ouvrent souvent sur l'océan, le ressac des vagues et la plainte du vent, quand ce n'est pas sur une autre époque: l'époque médiévale. L'ensemble donne un album d'une beauté mélancolique aussi attachant qu'intemporel. Si tous les titres sont déjà des classiques en puissance, certains deviennent après quelques écoutes quasiment obsédants. C'est le cas pour The house of many doors et ses cordes somptueuses, The Drift et sa ligne d'orgue, The Apparition et sa mélodie entêtante ou pour Famous Last Words et son accordéon.
Encore un album à déguster sans modération.
Félicitations à Stéphane Dambry qui a co-produit The House of Many Doors et a participé activement à sa conception puisqu'il ne joue pas moins de 8 instruments.
http://www.asherton.hinah.com/
www.myspace.com/johanasherton

lundi 7 mai 2012

MUSIQUE. The Genius of the Crowd. ESTHER BURNS. (Entropy Records). EP, 22 MN

Si l'électronique est plus présente dans The Genius of the Crowd, Esther Burns reste fidèle au style de son étrange et bel album La valeur du vide (2011). Le groupe passe avec un grand bonheur des sons grinçants et des larsen aux notes mélancoliques du piano, alternant les passages mélodieux et la stridence des guitares, la douceur et l'agressivité. Esther Burns est un groupe de contrastes, contraste entre les machines et les instruments classiques, entre avant-gardisme et nostalgie, contraste, dans cet album, entre le poème désenchanté de Charles Bukowski qui vient comme une réponse au discours presque cynique de l'un des papes de l' économie libérale, Milton Friedman. Encore une fois on est surpris de l'extraordinaire créativité de ce groupe qui trace son chemin en marge sans aucune concession et nous fait découvrir un monde, son monde, avec un immense talent et une cohérence qui forcent le respect. The Genius of the Crowd est le digne successeur de La valeur du vide, tout  en étant peut-être plus abordable ... à moins qu'Esther Burns ait déjà su nous imposer son univers et son style!
Encore un album aussi beau qu 'inclassable.
Disponible en CDR 3" (au prix de 5 euros + port) et en téléchargement sur le site du label:
Nous nous permettons de vous conseiller le CD, édition limitée à 100 exemplaires, pour la beauté de l'objet. Entropy Records ne laisse décidément rien au hasard.
En savoir plus sur Esther Burns et écouter des extraits des albums sur:
                                               
                                              

                                                          

jeudi 3 mai 2012

ESSAI. Bob Dylan, le country rock et autres amériques. FRANCOIS DUCRAY. (Castor music).

François Ducray, critique à Rock & Folk et à Best durant les années florissantes de ces deux magazines, est  l'auteur de plusieurs ouvrages  consacrés aux groupes phares des années 60 et 70 comme Led Zeppelin, les Beatles ou les Rolling Stones. Avec cet essai, il remonte le courant et nous emmène aux racines de ce qu'on appelle, faute de mieux, folk, rock ou country rock. S'il a pris soin de mettre le nom de Dylan en exergue dans le titre, c'est en grande partie parce qu'il sait bien qu'en France lorsqu'on parle de country music on pense aussitôt chansons de cow boys et folklore désuet, quand on ne se permet pas de surcroît d'opposer la country au blues et d'en faire  une musique de racistes blancs. Bien sûr il est question de Dylan dont la musique est nourrie partiellement de ce style qu'il a écouté depuis son plus jeune âge et parce que  Dylan a été toute sa vie un "passeur" de musiques traditionnelles. Il a d'ailleurs fondé une radio pour les faire connaître. La première partie du livre lui est consacrée, on peut même dire que c'est en partant de lui que Ducray bâtit son "histoire" et ce n'est pas par hasard. En 1966, ayant électrifié son folk au grand dam des puristes, c'est à Nashville, capitale de la country music que Dylan décide d'enregistrer le double album mythique Blonde on blonde. Le légendaire "accident de moto", cette même année, lui donne de longs mois pour se ressourcer. Il redécouvre l'immense variété des musiques de son pays: le folk d'origine britannique ou irlandaise, celui venu d'Europe centrale, le blues rural ou urbain, le gospel, le rock, les musiques cajun... et la country avec ses amis les musiciens de The Hawks qui deviendront bientôt The Band. Ils enregistreront des dizaines de morceaux pour le plaisir. De ces sessions sortira de nombreuses années plus tard (1975) l'album The basement tapes. Aussitôt après cette "pause", Dylan repart à Nashville et en trois sessions de 8 heures il enregistre une belle collection de chansons proches du style country- blues qu'il réunit sous le titre John Wesley Harding (1968). L'année suivante il enregistre l'étrange Nashville Skyline.
François Ducray clôt le chapitre Dylan avec cet épisode qui n'a rien d' anodin et nous offre à partir de là "une histoire compactée de la country music" de la fin du 19ème siècle à nos jours avec une véritable galerie de portraits, de Blind Willie Mc Tell à Calexico en passant par Springsteen, Ben Harper, Steve Earle, Townes Van Zandt, Johnny Cash , Neil Young et bien d'autres... pour revenir à Dylan. On s'aperçoit alors que tout ce qu'on range aujourd'hui sous l' étiquette rock est issu de la même source.

Pour les passionnés, rappelons l'excellent Like A Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée des chemins (Points) de Greil Marcus qui nous invite à revisiter l'Amérique des années 60, un pays au bord de l'implosion (avec l' assassinat de J.F. Kennedy et de Martin Luther King), dont Bob Dylan signe la bande-son.

L'enregistrement ci-dessous n'est certainement pas ce que les deux musiciens ont fait de mieux mais le document est intéressant à plus d'un titre.


mercredi 25 avril 2012

ESSAI. Rousseau, citoyen du futur. Jean-Paul JOUARY. (Le Livre de Poche).

Voici le livre idéal en cette période d'élections. Jean-Paul Jouary nous démontre combien la pensée politique de Rousseau, né il y a trois siècles, est d' une surprenante modernité. La quatrième de couverture donne le ton : "Ce livre est destiné à alimenter la réflexion des citoyens qui aujourd'hui s'interrogent sur le sens que peut encore avoir la politique. Il s'adresse à tous ceux qui ne se résignent pas à la dégradation actuelle des formes politiques et cherchent à en inventer d'autres, propres à réconcilier la citoyenneté de chacun avec les exigences collectives de la vie sociale." 
La pensée de Rousseau, déformée et dénigrée déjà à son époque par les réactionnaires parmi lesquels Voltaire, est encore aujourd' hui  rarement abordée sans idées préconçues. Il est toujours plus facile de ricaner que de réfléchir. Jouary se fait un devoir de dénoncer les mensonges et les sarcasmes qui refont surface régulièrement comme le mythe du "Bon sauvage" faussement attribué à l'auteur de Emile ou De l'éducation dont les analyses sont plus fines que ses détracteurs veulent bien le dire. L'auteur pose également une question qui peut choquer: "Le suffrage universel, toujours démocratique?"  et n' hésite pas à passer en revue tous les vices d'un système qui, pour être le moins mauvais, n'est pas pour autant exempt d'imperfections. En effet, combien de votants, avant de déposer un bulletin dans l' urne sont capables de raisonner en tant que citoyens, c'est à dire de mettre de côté "tout intérêt personnel égoïste...avec le seul souci d'une justice pour tous"? Sa réflexion n'a pas pour but de remettre en cause la démocratie mais d'essayer, au contraire, de penser les démocraties de demain et de prolonger la pensée de Rousseau.
L'éclairage original de Jean-Paul Jouary donne envie de lire ou de relire Rousseau et plus particulièrement Du contrat social et Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes.(GF. Flammarion).

mardi 17 avril 2012

MUSIQUE. Otis Taylor's contraband. OTIS TAYLOR. (Tetarc. Socadisc).

Voici un nouvel album de monsieur Otis Taylor, peut-être l'un des derniers bluesmen à pouvoir encore apporter quelque chose à cette musique qui est trop souvent devenue un tremplin pour guitar heroes en mal d'inspiration depuis que les anciens ont disparu. La chapelle est aujourd'hui hermétiquement fermée et il n'est pas rare d'entendre dire qu'Otis Taylor ne fait pas du blues par ceux qui s'adonnent laborieusement à la copie conforme d'une musique qui est à l'opposé de cette démarche. Pourtant le bonhomme n'oublie pas les racines, on pourrait même dire qu'il les connaît mieux que quiconque puisque sa musique emprunte à l'ensemble des musiques afro - américaines depuis les worksongs jusqu'au funk en passant par les traditionnels string bands. Il ne dédaigne pas non plus la country ni le folk et va jusqu'à s'inspirer des musiques africaines qui font partie des fondements du blues. Devant l'incompréhension des colleurs d'étiquettes, il a fini par s'en coller une lui-même: la pochette de son album Below the fold est ornée d'un tampon sur lequel est écrit " Certified Trance Blues". Otis Taylor est donc devenu l'inventeur d'une nouvelle musique!
Contraband est à l'image de ses autres albums, des textes intelligents et bien écrits qui parlent d'inégalités, d'exclusion, de guerres, de discriminations raciales et parfois... d'amour, sur une musique hypnotique et envoûtante,  une musique sombre, mélancolique et souvent minimaliste, bref ... du blues, n'en déplaise aux puristes aigris!
Cet album n'a qu'un seul défaut, sa pochette!

mercredi 4 avril 2012

POESIE / Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages dans les collines. Charles BUKOWSKI. (Points).


Il y a de très mauvaises raisons pour aimer Bukowski, comme pour ne pas l'aimer d'ailleurs. Certains l'aiment pour sa vie sulfureuse et misérable, son alcoolisme et ses scandales. Ils aiment une légende. C'est bien peu pour aimer l'auteur de cinq romans, de plusieurs recueils de chroniques et de nouvelles et, surtout, d'une quarantaine de recueils de poésies, car Bukowski se définissait avant tout comme poète, ce qu'il était profondément. Un poète libre, sensible et percutant, au style incisif. Ses provocations et ses frasques ne doivent pas faire oublier sa grande humanité et son aptitude à émouvoir avec des textes consacrés aux marginaux, aux rejetés de la société et même parfois aux animaux que l'homme fait souffrir inutilement.
La première partie de ce recueil est hantée par le souvenir de Jane Cooney Baker, sa première compagne décédée en 1962. A travers ces poèmes, on est frappé par la fragilité affective de celui qui se plaisait à passer pour un dur, bien sûr le vocabulaire utilisé peut paraître parfois choquant mais comme souvent chez Bukowski, l'impudeur des mots cache la pudeur des sentiments. Rire pour ne pas pleurer est souvent un bon moyen d'exorciser ses démons. Dans les autres textes, le poète aborde ses thèmes privilégiés d'une façon magistrale.
Ces 90 poèmes sont une très bonne raison d'aimer Bukowski!

mercredi 28 mars 2012

MUSIQUE / Wintermusik. NILS FRAHM. (Erased Tapes Record)

Nils Frahm est un jeune pianiste allemand de formation classique basé à Berlin. Sa musique peut s'apparenter au néo-classique minimaliste et expérimental mais cette étiquette ne doit pas effrayer ceux qui, tout simplement, aime la musique. Celle - là va droit au coeur par sa délicatesse et sa capacité émotionnelle.
Wintermusik est un album on ne peut plus intimiste. En effet il avait été initialement enregistré à quelques exemplaires par Nils Frahm pour sa famille et ses amis en cadeau de Noël! Il a donc enregistré seul piano, celesta et orgue.
L'album s'ouvre avec "Ambre", courte pièce très mélodique qui débute au piano avant de  s'enrichir de quelques note de celesta. Suit "Tristana", un long morceau de 17 minutes d'une gravité sereine. Cette fois, c'est au tour de l'orgue de venir s'ajouter au piano, un orgue aux accents d'accordéon mélancolique pour une musique toute en nuances. Le 3ème morceau, "Nue", plus enlevé, ferme un album d'une grande beauté que nous vous invitons à découvrir. En ce qui nous concerne, depuis sa découverte nous croyons de nouveau au Père Noël! 


 

jeudi 15 mars 2012

MUSIQUE / This is a Velvet Underground song that I'd like to sing. RODOLPHE BURGER. (Dernière Bande).

Rodolphe Burger et Kat Onoma ont toujours été très influencés par The Velvet Underground, même s'ils ont su affirmer leur propre personnalité dans une oeuvre très originale. Ceci est sans doute dû au fait qu'ils aient été plus inspirés par la démarche de ce groupe fondateur que simplement par sa forme. Rodolphe Burger écrit dans ses notes de pochette qu'il "pensait avoir tourné la page du rock'n roll vers l'âge de 20 ans" lorsqu'il a découvert le Velvet. Il s'est alors rendu compte que "le rock n'était pas seulement une histoire de teenagers mais qu'il était peut-être l'art contemporain par excellence". Il a donc décidé de "refaire" de la musique avec le talent que l'on sait. Longtemps il a reporté le moment de rendre hommage au Velvet. Comme tout finit par arriver, voici donc "This is a Velvet Underground song that I'd like to sing". Curieusement, Rodolphe Burger  n'a pas ressenti le besoin de recréer complètement les chansons. Il est resté très respectueux de leur forme primitive même si, bien sûr, il y a mis sa patte, sa voix et le son bien particulier de sa guitare. On a l'impression d'entendre un Velvet qui se serait formé en 2012! Souvent, hélas, en écoutant des "tribute", on se dit qu'il aurait mieux valu que les interprètes s'abstiennent plutôt que d'être en dessous de l'original. Ce n'est pas le cas avec cet album.
Burger a tout compris à cette musique et lui insuffle sa propre énergie . Sa fidélité au modèle ne nuit en rien à son originalité.
Un très bon album qui pourra amener ceux qui ne connaissent pas ou mal le Velvet à le découvrir car, contrairement à ce que l'on croit, les groupes "mythiques" font plus l'objet d'interminables baratins que de véritables écoutes!

Site: rodolpheburger.com



D'autres vidéos sont disponibles sur You Tube.


vendredi 9 mars 2012

LITTERATURE / Dans un instant. SYLVIANE CHATELAIN. (Bernard Campiche Editeur)

Nouvelle après nouvelle, livre après livre, Sylviane Chatelain ne cesse de nous étonner, de nous bousculer et de nous émouvoir. Ses histoires nous hantent comme nous hantent parfois des jours entiers nos rêves ou nos cauchemars. Son écriture s'apparente d'ailleurs au rêve. Tout commence par une description ou une situation anodines, un pot de géraniums qui disparaît, une robe de mariée abandonnée dans un couloir, un livre effeuillé par le vent, un chat qui ronronne sous les caresses... et puis, soudain, sans que nous nous rendions vraiment compte de ce qui s'est passé, nous sommes transportés dans un monde parallèle. La vie bascule sous le poids d'un événement qui paraissait insignifiant et rien ne sera plus jamais pareil. Même le vague souvenir qui jusque là semblait presque oublié resurgit avec une force inouïe et peut devenir une obsession pleine de regrets, la moindre image fugace prend d'un coup des couleurs et un relief inattendus, passé et présent se confondent. Les personnages découvrent une face d'eux- mêmes qu'ils  ne connaissaient pas, il n'est pas rare que le lecteur fasse la même découverte et interrompe sa lecture pour écouter l'écho qui résonne en lui.
On ne sort jamais indemne d'un livre de Sylviane Chatelain, chaque nouvelle de "Dans un instant" apporte son lot de questions sur la vie, la mort, l'espoir, le remord, l'exil, la vieillesse, la solitude... en un mot la condition humaine. Toutes ces questions sont amenées subtilement par une écriture qui sait ménager une part de mystère, une écriture impressionniste qui laisse au lecteur sa propre part de réflexion et d'interprétation.
Encore un grand livre d'un écrivain  trop confidentiel malgré une oeuvre d'une originalité peu commune.

Bibliographie:
# Les routes blanches. Nouvelles.Editions de L'Aire. .
# La part d'ombre. Roman. Bernard Campiche Editeur.
# De l'autre côté. Nouvelles. Bernard Campiche Editeur.
# Le manuscrit. Roman. Bernard Campiche Editeur.
# L'Etrangère. Nouvelles. Bernard Campiche Editeur.
# Le livre D'Aimée. Roman. Bernard Campiche Editeur.
# Une main sur votre épaule. Roman. Bernard Campiche Editeur.

Site de Sylviane Chatelain:
sylvianechatelain.ch

mardi 6 mars 2012

LITTERATURE / Le cadre et le clou. Notes d'atelier. BERNARD ASCAL. (Editions Rhubarbe).

 Depuis toujours Bernard Ascal développe en parallèle la musique,  l'écriture et la peinture. Il a rassemblé dans ce recueil les notes écrites à la hâte sur un coin de table de son atelier entre le milieu des années soixante et quatre vingt dix. Mouvements d'humeur, doutes, colères, espoirs, questionnement sur son activité de peintre constituent l'essentiel de ces notes. Durant cette période, la mort de la peinture de chevalet était non seulement annoncée mais programmée. Qu'importe, Bernard Ascal, irréductible, continua malgré tout son travail. Il aurait pu être amer, ce serait mal le connaître. Ses convictions politiques, son sens de l'humour et de l'auto-dérision font que ses réflexions sont souvent autant poétiques que drôles.
"Si je ne suis pas à la hauteur de mes ambitions qu'au moins la quantité limitée de mes oeuvres témoigne de mon souci de ne pas polluer l'entourage."
C'est cette distance qui donne toute la saveur de ce livre illustré par l'auteur.
Nous profitons de cette chronique pour vous rappeler deux des livres précédents de Bernard Ascal. Un cul de sac dans le ciel, suite de réflexions sur la randonnée en montagne sorti en 2008 (Editions Rhubarbe) et Le gréement des os, très beau recueil de poèmes sorti en 2010 (Le temps des cerises).
Si votre libraire est dans l'impossibilité de vous commander ces livres vous pouvez vous   les procurer aux adresses suivantes: 


commandes@editions-rhubarbe.com

ou:

Bernard Ascal
1 rue du vieux pressoir
77230. Saint Barthélémy.

Site de Bernard Ascal:

jeudi 1 mars 2012

ARTS PLASTIQUES / "Mon livre d"heures", "La ville". Frans Masereel. (Editions cent pages. Cosaques)

Frans Masereel naît en 1889 en Belgique dans une riche famille flamande. A l'âge de dix-huit ans il commence à étudier le dessin et la peinture à l'Ecole des Beaux Arts de Gand. En 1909, il voyage en Angleterre et en Allemagne où il découvre la gravure sur bois. Il s' établit à Paris en 1911 mais, résolument pacifiste, il gagne la Suisse au moment où éclate la première guerre mondiale. Il travaille comme graveur pour des journaux et des magazines. Ses gravures sont déjà fortement inspirées de sa révolte contre l'injustice sociale qu'il dénonce depuis qu'il a côtoyé la pauvreté durant ses études. Parallèlement à ce travail, il publie des albums condamnant les militaires, la guerre et les marchands d'armes. ("Debout les morts","Les morts parlent"). Il fait la connaissance de Romain Rolland, Emile Verhaeren, Barbusse et Stefan Zweig , tous écrivains ou poètes convaincus de l'inutilité de la guerre. Il illustre nombre de leurs oeuvres. Au cours de sa vie il sera également l'illustrateur des plus grands: Victor Hugo, Baudelaire, Tolstoï, Walt Withman, Oscar Wilde etc.
De 1917 à 1920, il participe à "La Feuille", un quotidien indépendant qui fustige allègrement militaristes, nationalistes, colonialistes et marchands d'armes. Avec le typographe anarchiste et insoumis Claude Le Maguet, il fonde la revue pacifiste "Les Tablettes" qu'ils réussiront à sortir régulièrement jusqu'en 1919. Toujours menacé de poursuites par l'armée belge, Masereel revient en France en 1921. Il réalise ses célèbres vues de Montmartre. En 1925, il compose "La ville", cent bois gravés qui montrent la pauvreté du peuple face à l'arrogance des nantis, puis en 1927 sort "L'idée", qui provoquera l'enthousiasme des antinazis allemands, notamment de Thomas Mann qui préfacera plusieurs de ses ouvrages. Il s'engage de plus en plus complètement dans le mouvement antifasciste. En 1932, il participe au congrès d'Amsterdam contre la guerre et le fascisme.
Comme beaucoup de ses contemporains, il croit un moment à la " révolution" russe mais il prend bientôt ses distances avec les "Staliniens" qui aiment beaucoup le réalisme social de son travail. L'homme est trop épris de liberté pour se laisser piéger par quelque dogme que ce soit.
En 1937, il travaille à de monumentales décorations murales pour le pavillon de la Belgique et pour celui de Paris à l'Exposition internationale de Paris. En juin 1940, fuyant les troupes allemandes, il s'installe à Avignon puis à Nice (où il mourra en 1972) continuant à graver sans cesse. Il ne jouira d'une notoriété internationale qu'à partir de 1950.
Si Masereel fut un très bon peintre, il est surtout connu pour ses innombrables bois gravés, une technique du XIVème siècle dont il fut un véritable rénovateur grâce à son langage plastique très particulier. Il abandonne tous les effets utilisés depuis le XVème siècle pour s'en tenir uniquement aux durs contrastes du noir et blanc. Il a su adapter la technique à son dessin expressionniste et à son univers. Il a réussi à faire partager au plus grand nombre ses idées de liberté, de justice et de paix, son monde à la fois plein de rage et de poésie avec ses "romans" dessinés. Thomas Mann dira de lui : "C'est le coeur, ce fichu coeur d'homme, qui le forçait à vivre, qui l'a parasité toute sa vie, qui l'a fait aimer et souffrir, protester avec ses rires et ses pleurs contre toute erreur ou fausseté, toute bassesse et indifférence."
Les livres de Frans Masereel sont hélas aujourd'hui édités avec parcimonie et souvent vendus à des prix prohibitifs. Ce n'est pas le cas de ceux que nous présentons ici. En 1927,
Thomas Mann écrivait dans la préface d'une édition bon marché de "Mon livre d'heures" : "... et l'idée de le rééditer, de le livrer enfin de son existence ésotérique sur japon impérial, et de le démocratiser en le rendant abordable à l'ouvrier, au jeune chauffeur, à la petite téléphoniste, paraît on ne peut plus naturelle, plus juste. Entre leurs mains il trouvera sa véritable place, bien plus qu'entre celles des snobs, et je me réjouis d'avoir à l'introduire auprès de ce public."
Ces deux petits livres vendus environ 20 euros sont un régal pour les yeux et l'esprit. De plus ils résument parfaitement l'oeuvre de Masereel, tant par les thèmes abordés que par la technique utilisée. Il n'est peut-être pas inutile de dire que "Mon livre d'heures" était un de ses livres que l'auteur préférait.

lundi 27 février 2012

LITTERATURE / Les couleurs de l'hirondelle. MARIUS DANIEL POPESCU. (José Corti)



                                          
Dans le numéro spécial " Par dessus le mur l'écriture" de 2006, nous écrivions à propos de Marius Popescu que nous avions eu la chance de rencontrer : "Pour Marius Popescu, la poésie est une façon de vivre. Qu'il parle ou qu'il écrive, les mots se mettent à chanter et ne sont jamais anodins. Son sens de l'absurde et de la dérision mêlé à une grande tendresse  font  de lui un écrivain profondément attachant". A cette époque, il avait publié deux recueils de poésie: 4x4. Poèmes tout terrains (1995) et Arrêts déplacés(2004) aux éditions Antipode. La sortie de son premier roman La symphonie du loup (Corti 2007) nous avait confortés dans ce que nous pensions. Avec Les couleurs de l'hirondelle, Popescu confirme son immense talent. Personne n'écrit comme lui. Quand Olivier Kahn avait demandé à son éditeur pourquoi il avait pris le risque de publier un auteur aussi atypique, celui-ci avait répondu : "Parce que Popescu a une plume étonnante, trempée dans le quotidien sans faux populisme ni snobisme. D'ailleurs il serait impensable qu'il n'écrive pas : sa boîte crânienne ne résisterait pas à l'accumulation des histoires qu'il a observées ou imaginées". Les éditions Corti ne s'y sont pas trompées. Popescu est un écrivain vrai et libre, incapable de tricher. Dans ce livre, il nous fait assister à la mise en bière de sa mère en Roumanie, à l'accouchement de sa femme en Suisse, à ses jeux d'enfant sous la dictature, à ceux de sa fille à Lausanne, au suicide d'un vieux qui fuit la maison de retraite etc. Ses mots sont si précis, son style si vivant, que nous ne sommes plus simplement des lecteurs : nous assistons véritablement à ces événements, que ce soit des tragédies ou des petites choses du quotidien. Son enfance fait écho à celle de sa fille, à la nôtre. Il mélange les pronoms comme pour montrer qu'il peut s'agir de lui, de nous, d'un autre. Les dialogues sont fondus dans le texte, les chapitres n'obéissent à aucune règle logique, les associations d'idées peuvent nous emmener de la chambre d'un petit garçon mort à celle de sa fille qui lui demande de jouer "à l'école". Les descriptions méticuleuses nous font vivre parfois la décomposition complète des gestes du narrateur qui prépare une salade...
Mais La symphonie du loup et Les couleurs de l'hirondelle ont une telle densité qu'il est inutile d'ajouter des mots à ceux de Marius Daniel Popescu. Ces deux romans (récits?) sont aussi jubilatoires que sombres, on y vit des moments d'une telle intensité, moments de deuil, d'amour, d'amitié, qu'on ne sait bientôt plus ce qui appartient à notre vie et ce qui appartient à celle que nous livrent ces deux oeuvres hors du commun.
Marius Popescu ne fait pas du nouveau roman ni du Perec comme le disent parfois certains critiques, Marius Popescu fait du Marius Popescu, un style qui fera date dans l'histoire de la littérature.

D'autres vidéos d'extraits de lectures de Les couleurs de l'hirondelle filmées par Radu ZERO sont disponibles sur You tube.

samedi 25 février 2012

MUSIQUE / The something rain. TINDERSTICKS. (Lucky Dog. City Slang. Pias.)

Voici le 9ème album de Tindersticks, on voyage donc maintenant en terrain connu et le groupe n'a plus rien à prouver depuis longtemps, ce qui ne l'empêche pas d'innover à chaque disque. Après vingt ans de carrière, le groupe continue à chercher, même si les fondations sont solidement en place depuis le premier album. Stuart Staples avoue que l'enregistrement de The something rain a démarré d'une manière expérimentale et que le mot d'ordre était "explorons". Il est rare que pour une formation de cet acabit la musique reste une aventure et une éternelle découverte. Tindersticks sonne plus soul que jamais, une soul blanche d'une mélancolie automnale qui s'irise de couleurs parfois surprenantes mais  toujours en parfaite harmonie avec le paysage. Le saxo était presque l'instrument "obligé". Il est ici parfaitement utilisé comme l'orgue d'ailleurs. Chaque titre est à sa place, même "Chocolate" qui ouvre l'album avec un récit de Dave Boutler. Ce long morceau d'une dizaine de minutes (il faut s'appeler Tindersticks pour avoir un tel culot) annonce l'atmosphère de ce qui va suivre et ce qui suit est peut-être le meilleur album d'un groupe mature qui ose tout avec une facilité déconcertante. Jazz, rock, funk, trip-hop... parfument ce superbe album sans que l'on n'entende jamais autre chose que du Tindersticks. C'est sûrement à cela que l'on reconnaît les grands.


MUSIQUE / Mr.M. LAMBCHOP - (City Slang/Pias).

Après la mort de son ami Vic Chesnutt avec lequel il avait enregistré "The Salesman and Bernadette", Kurt Wagner, choqué, a décidé d'arrêter la musique et de retourner à la peinture (passion qu'ils partageaient tous les deux), essayant de faire le deuil d'une amitié hors- norme. C'est le producteur Mark Nevers (Will Oldham) qui a su le convaincre de revenir en studio et d'enregistrer MR. M dédié à... Vic Chesnutt.
Plus mélancolique que sombre, cet album est au dire de Wagner l'album de la guérison. Pour nous le 11ème disque de Lambchop est certainement l'un des meilleurs d'une discographie pourtant sans le moindre faux pas. Nous devons prévenir ceux qui n'aiment pas les violons qu'il vaudrait mieux qu'ils s'abstiennent, malheureusement, s'ils aiment les belles guitares et le piano, ils doivent savoir qu'ils passeront à côté de moments extraordinaires! Les cordes ont rarement été utilisées dans cette musique avec une telle intelligence, il suffit pour s'en convaincre d'écouter le magnifique "Gone tomorrow", l'une des plus belles chansons de l'album.
Comme pour Tindersticks, on n'attendait pas une révolution tant le style s'est affirmé dès le début, mais les deux groupes ont ceci en commun qu'ils remettent à chaque fois tout en jeu, sans souci de conserver ou de perdre leur public, et à chaque fois ils savent nous surprendre.
Merci à Mark Nevers d'avoir insisté pour emmener Lambchop en studio après une trop longue absence.

Site officiel de Lambchop:

jeudi 23 février 2012

MUSIQUE / "Broken man". MATT ELLIOTT. (Ici d'ailleurs...)

Avec "Broken man", Matt Elliot poursuit son chemin sans concessions à travers un folk très personnel qui relie l'Europe de l'est à la péninsule ibérique. La première surprise vient du dépouillement de la musique qu'il laisse beaucoup plus respirer que dans ses albums antérieurs. La seconde est que le musicien solitaire s'est associé avec d'autres, notamment avec la pianiste Katia Labèque, le temps d'un long et superbe morceau.
Les mélodies fragiles, à fleur de peau, sont toutes d'une sombre beauté. On entre dans "Broken man" avec "Oh how we fell" : une guitare espagnole, une voix grave à souhait, un violon discret et quelques choeurs éthérés venus d'on ne sait où. "Please please please" suit avec un jeu de guitare presque classique et quelques choeurs vaporeux. Vient ensuite " Dost flesh and bones", le morceau qui est pour nous le sommet de l'album. Les arpèges du début vont déboucher sur neuf minutes d'une musique poignante et hypnotique, d'une tristesse presque douloureuse. La voix s'élève, caverneuse, juste accompagnée d'une guitare qui semble venue des premiers disques de Cohen. Un break et la guitare se fait plus tranchante, des choeurs d'anges montent dans les aigus, la voix se démultiplie et tout finit dans une rumeur comme éparpillée par une rafale de vent. Avec "How to kill a rose", la guitare revient, presque sage et cette fois, ce sont des choeurs anémiques qui sont balayés par le vent. Le 5ème morceau (dont nous vous épargnons le titre!), voit arriver le piano qui prend son temps pour développer le thème, le violon pleure quelques notes, des cloches sonnent au loin, avant que la voix ne répète le thème. La guitare flamenco de "This is for" nous rappelle d'où nous étions partis et "The pain that's yet to come" ferme l'album.  Les choeurs se font plus présents avant de se diluer lentement dans une musique vaporeuse.
Cette fois encore, le magicien nous a emmenés très loin et on sait déjà qu'à la première occasion on refera le voyage.
Sur scène, Matt Elliott est tout simplement fascinant, seul avec sa guitare, une flûte et un mélodica, il brode ses samples et amène sa musique à des hauteurs insoupçonnées qui donnent le vertige. Nous vous invitons à faire l'expérience.

Prochains concerts en France:
# 22 mars. La Péniche. Châlons-sur-Saône.
# 24 mars. Marché Gare. Lyon.
# 04 avril. IDA fest. Nancy.
# 11 avril. Festival des Artefacts à la Laiterie. Strasbourg.


vendredi 17 février 2012

LITTERATURE / HENRI ROORDA.

Faut-il ranger Henri Roorda dans la rubrique littérature ? Le personnage est si atypique qu'on serait bien en peine de définir jusqu'à son travail d'écrivain.
Il naît à Bruxelles en 1870. Son père, fonctionnaire du gouvernement hollandais en Indonésie est révoqué pour ses positions anticolonialistes. Il rapatrie sa famille en Europe et s'installe en Suisse, dans le canton de Vaud. Les voisins les plus proches sont les anarchistes Elisée Reclus et Metchnikoff, interdits de séjour en France. Henri devient vite le digne élève d'Elisée Reclus qui l'initie à l'anarchisme humaniste. Il fait ses études et devient professeur de maths en 1892. Il commence à publier ses textes la même année. Très critique vis- à- vis de l'enseignement en particulier et des institutions en général, il donne des articles à différentes revues. Les titres de ces articles sont édifiants. Pour exemple, celui écrit pour "L'humanité nouvelle, revue internationale" est intitulé "L'école et l'apprentissage de la docilité". Parallèlement, il mène une enquête sur l'éducation , publie des articles sur la pédagogie et donne des conférences. Dès 1912, il fera paraître régulièrement des manuels pédagogiques. Lors de la création de l'école libertaire Ferrer à Lausanne, il est chargé de rédiger la "Déclaration de principe". En 1916, il entreprend d'écrire des chroniques hebdomadaires pour des journaux lausannois. Ces chroniques  pleines d'humour sont empreintes d'une grande lucidité et magnifiquement rédigées.  En 1917 sort "Le pédagogue n'aime pas les  enfants", un pamphlet brillant et acide sur le monde de l'éducation.   En 1923 paraît "Le roseau pensotant", recueil de courts récits humoristiques et philosophiques.
De 1923 à 1925, Roorda se consacre à la publication des quatre volumes de son extraordinaire "Almanach Balthasar", compilation de ses billets signés Balthasar dans les journaux et revues. Entre temps, il écrit pour le théâtre ("Le silence de la bonne") et fait paraître un nouveau pamphlet "Le débourrage de crâne". Suivront ses deux derniers livres "Avant la grande réforme de l'an 2000" et "Le rire et les rieurs".
Autant humoriste que philosophe et pédagogue, Roorda rédige ses essais comme ses chroniques, avec style, y instillant souvent un humour caustique, usant de son sens de l'ironie, sans oublier d'ajouter une dose de poésie et de tendresse. Ramuz et Edmond Gilliard, qui ne sont pas particulèrement connus pour leur humour, ont très vite reconnu son talent et l'ont accueili dans leur collection "Les cahiers vaudois" en publiant "Mon internationalisme sentimental" et "Le pédagogue n'aime pas les enfants".
Le silence qui entoure cet auteur et son oeuvre est pour le moins étrange. Dérangerait-il encore aujourd'hui? Il n'y aurait rien d'étonnant, ses critiques, notamment en ce qui concerne l'éducation sont, hélas, toujours d'actualité.
Henri Roorda se tira une balle dans le coeur en 1925, il avait 55 ans. Ecrivain jusqu'à la fin, il laissa un texte expliquant son suicide dans lequel une phrase nous a marqués tout particulièrement:
"L'individu est tout, pour que les choses soient belles, il faut d'abord qu'il existe un être vivant capable d'en sentir la beauté." 
Ce texte a été édité par ses amis en 1926.

Bibliographie non-exhaustive:
# Le roseau pensotant.Humour de tous les jours. (Mille et une nuits).
# Le pédagogue n'aime pas les enfants. (Mille et une nuits).
# Le rire et les rieurs suivi de Mon suicide. (Mille et une nuits).

Sur Henri Roorda:
# Henri Roorda ou le zèbre pédagogue. Hugues Lenoir. (Editions du Monde Libertaire)

  

mardi 7 février 2012

MUSIQUE / SISKIYOU. "Siskiyou", "Keep away the dead" (Constellation Records)

Si Siskiyou appartient bien à la grande tradition des songwriters folk, sa musique a su s'affranchir des canons du genre et le dépoussièrer sans le dénaturer. Les quatre Canadiens sont de véritables alchimistes. Une émotion à fleur de peau, une voix fragile, un sens de la composition extraordinaire et des arrangements parcimonieux mais intelligents, donnent un ensemble magique qui n'obéit à rien d'autre qu'à sa propre logique, à tel point qu'on a l'impression d'entendre une musique qui ne devrait rien à personne.
Les morceaux, souvent mélancoliques, sont parfois traversés d'éclats d'une violence surprenante, eux-mêmes suivis de moments d'une parfaite sérénité. Bien que le groupe ne cache pas son admiration pour Neil Young (dont il reprend "Revolution Blues" - voir vidéo ci-dessous) sur "Keep away the dead", il se démarque par son style tout à fait personnel.
Le premier disque éponyme possédait tant de qualités qu'il nous faisait presque appréhender la sortie de "Keep away the dead" moins d'un an après. Cet album en est le digne successeur avec encore un petit plus dans les arrangements. Classé dans les meilleurs groupes de l'année par la presse spécialisée, Siskiyou n'a pas fini de nous étonner, comme il nous a déjà étonnés sur scène par sa cohésion et sa capacité à transmettre une belle émotion.  
Vous pouvez écouter des extraits gratuits sur http://www.lastfm.fr/music/Siskiyou
Site officiel du groupe : http://siskiyouband.com/
Siskiyou (bio, audio et vidéo) sur Constellation Records : http://cstrecords.com/siskiyou/



lundi 6 février 2012

LITTERATURE / "L'origine du cérémonial". CLAUDE-LOUIS COMBET. (José Corti)

Il n'est pas toujours facile d'entrer dans l'oeuvre de Claude Louis-Combet alors que, paradoxalement, ses livres deviennent quasiment indispensables lorsqu'on a accepté de plonger dans cet univers qui nous pousse à visiter nos zones d'ombre les plus secrètes. "L'origine du cérémonial" nous semble être l'ouvrage idéal pour les lecteurs hésitants.
La raison est que, cette fois, l'écrivain s'appuie sur des fantasmes moins extrêmes que de coutume.
Les trois textes qui composent ce livre ont été écrits avec un intervalle d'environ une dizaine d'années entre chaque: Gémellies en 1981, Choralies en 1999 et Floralies en 2010.
L'auteur désirait écrire un "récit d'inspiration largement autobiographique, une approche poétique et réflexive de l'expérience amoureuse selon sa singularité et son intériorité".
Le résultat est un véritable poème dans lequel l'enfant est en parfaite osmose avec son environnement. Il fait véritablement partie du paysage marécageux qui l'entoure.Il s'éveille à la vie et à l'érotisme dans une explosion d'odeurs, de couleurs, de sons et de sensations diverses qui ont façonné les émotions et se sont gravés dans la mémoire et l'imaginaire de ce grand auteur qu'est Claude Louis-Combet.

Sont sortis en 2011:
# Jean Rustin. De la nudité jusqu'à l'être. Illustrations Jean Rustin. (Collodion).
# Gorgô. (Galilée).
# La soeur du petit Hans. Illustrations Vadimir Velickovic. (Galilée).
# A l'escarcelle de rêve. Illustrations Pierre Brassard.
(Aencrage & Co).

jeudi 2 février 2012

MUSIQUE / "Old Ideas". LEONARD COHEN. Sony Music.

A 77 ans, Leonard Cohen sort l'un de ses meilleurs albums. Sacrée gageure pour un artiste qui débuta sa carrière en 1967 avec "Songs of the Leonard Cohen" dont chacune des chansons est devenue un classique. Qui n'a jamais entendu "Suzanne", "The sister of mercy" ou "So long Mariane" ?
Son disque précédent remonte à 2004. S'il n'était pas décevant, il sentait tout de même la fin de parcours avec ses arrangements trop synthétiques et sa boîte à rythme. "Old ideas" renoue pour notre plus grand plaisir avec des instruments plus classiques : guitare (dont Cohen, lui-même, joue sur trois chansons), batterie, violon, piano etc. La voix est plus grave que jamais mais a gagné en sérénité. Tous les styles qui ont marqué l'artiste se retrouvent tour à tour dans les dix titres. Blues, jazz, rock, gospel et country se côtoient sans pour autant briser la parfaite unité de l'album. Les textes, comme toujours parlent de la vie, de l 'amour et de la mort, thèmes éternels des poètes de tout temps et de tout lieu.
Un superbe album.
Ecoute gratuite sur :
http://www.leonardcohen.com/


S'il est surtout connu comme musicien, Leonard Cohen est aussi écrivain. Pour notre part nous l'avons découvert avec "The favorite game" ( toujours édité en français dans la collection 10/18) il y a ... très longtemps. La relecture, vieille de quelques mois seulement, nous a confortés dans l'envie de vous le conseiller !

CINEMA / "Le Christ s'est arrêté à Eboli". FRANCESCO ROSI. (Gaumont).

"Le Christ s'est arrêté à Eboli" est enfin sorti en DVD ! Il était temps ! La dernière fois que nous avons pu voir ce film au cinéma, la copie était sur le point de rendre l'âme.
Adapter un livre à l'écran est souvent périlleux, surtout quand il est du niveau de celui de Carlo Levi qui n'a rien d'un livre d'aventure et dont l'action est réduite à sa plus simple expression. L'auteur, militant anti-fasciste, a été mis en résidence surveillée en 1935 en Lucanie. Dans cette région oubliée des Dieux et du gouvernement, les habitants ont l'habitude de dire que même le Christ n'est pas venu jusqu'à eux, il s'est arrêté à Eboli.
Le livre est le récit de cet exil.
Tout le texte repose sur la réflexion et sur la découverte par Carlo Levi de la pauvreté de ses compatriotes. S'il a fait des études de médecine, il n'a jamais exercé, ayant choisi de devenir peintre. Très vite, il va apprendre à apprivoiser un peuple à qui la vie ne fait pas de cadeau, un peuple qui survit plus qu'il ne vit, il deviendra même son médecin préféré. De cette rencontre vont naître un attachement et une estime réciproques. Au-delà de L'Histoire, il y a l'histoire des hommes, des femmes et des enfants qui souffrent, qui essaient de vivre "malgré tout" au jour le jour, de garder un peu d'espoir et de dignité.
Francesco Rosi a su rester fidèle à cette chronique, il n'est pas tombé dans le piège du misérabilisme, il n'a pas cédé non plus à la tentation de romancer ni à celle d'accélérer le rythme pour plaire au plus grand nombre. Le rôle de Carlo Levi est admirablement interprété par un Gian Maria Volonte inoubliable. Les visages marqués des paysans du cru que le réalisateur a eu la bonne idée de filmer sont également inoubliables, tout comme les images d'une nature aussi aride que belle. Aucune complaisance dans ce film, juste une étonnante sensibilité et une grande pudeur.
"Le Christ s'est arrêté à Eboli" est un peu à part dans l'oeuvre de Rosi, beaucoup plus contemplatif qu'accusateur, moins "politique" que ses autres films. Tout est dans la suggestion. Bien sûr ce n'est pas un film facile, mais le réalisateur fait confiance à ses spectateurs, il ne veux pas  abuser de son pouvoir sur eux, il préfère parler à leur sensibilité et à leur intelligence. C'est tout à son honneur.
"Le Christ s'est arrêté à Eboli" fait partie d'un coffret contenant deux autres grands moments de cinéma "Trois frères" et "Oublier Palerme".
Nous vous conseillons également le livre de Carlo Levi (Folio).


vendredi 27 janvier 2012

PEINTURE / JEAN RUSTIN.

Jean Rustin, né en 1928, est de 1944 à 1971 un peintre abstrait qui sera assez vite reconnu. Une rétrospective de son oeuvre est organisée au Musée d' Art Moderne de la ville de Paris en 1971. Cette exposition (pas moins de 150 toiles) aurait pu être l'apogée d'une carrière, elle est pour lui un choc. L'ensemble lui laisse un goût amer: il trouve soudain ses toiles trop "belles", trop "colorées" et surtout trop "faciles".
Après quelques tâtonnements, il se met à la peinture figurative. Cette rupture brutale coupe les ponts entre le peintre et les galeries avec lesquelles il travaillait et il ne vend plus rien. Ce n'est qu'en 1985 qu'un jeune marchand belge lui propose de lui acheter toute sa nouvelle production, y compris les dessins et les aquarelles. Il revendra à des prix incroyablement élevés une peinture très difficile à placer. En effet, les toiles de Rustin représentent désormais de hommes et des femmes accablés, presque désespérés, quasiment toujours nus ou très peu habillés.Tous ces personnages troublants sont enfermés dans des pièces dépouillées. Seule la présence d'un interrupteur, d'une prise électrique ou d'une ampoule rompt la monotonie des murs de ces cellules. Les hommes et les femmes se ressemblent tous et semblent souvent hébétés, ils regardent le spectateur en face, emprisonnés dans leur solitude, leurs chairs sont flasques et portent tous les stigmates de la maladie ou de la vieillesse. De plus, la palette de Jean Rustin est d'une tonalité presque grise, mélange de bleu, de terre de Sienne et de blanc.
Beaucoup de spectateurs sont choqués en découvrant une peinture aussi crue, quelques-uns ont même un mouvement de recul devant ces regards lointains et ces corps sans fard. Certains sont allés jusqu'à accuser Rustin de pornographie! Il est intéressant de noter que personne ne reste indifférent quelles que soient les réactions, ce qui prouve que cette peinture possède une force peu commune. Elle nous tend un miroir qui nous renvoie à nos zones obscures, à notre condition humaine. Ceci pourrait n'être que dérangeant si une vraie poésie ne se dégageait pas de chaque toile et si l'on ne sentait pas la tendresse du peintre pour ses personnages. 
Jean Rustin au-delà de l'esthétique nous fait partager l'histoire de notre fragilité d'êtres humains et ce n'est pas le moindre de ses mérites .
Pour mieux connaître son oeuvre, nous vous invitons à visiter le site de la Fondation Jean Rustin : http://www.rustin.be/ .
Quelques livres vous feront entrer plus profondément dans l'univers de ce peintre hors du commun :
# Jean Rustin. (Editions Virgile).
Bernard Noël, Claude- Louis Combet, Henri Cueco .... donnent leur sentiment sur l'oeuvre.
# Jean Rustin. L'humanité en partage.
Cahier d'exposition publié à l'occasion du "Printemps Jean Rustin en Suisse romande".
# Jean Rustin. La quête de la figuration.(Editions A la croisée).
Une série d'entretiens avec Daniel Mandagot.