jeudi 6 janvier 2022

MUSIQUE. ROBERT PETE WILLIAMS. FREE AGAIN. (Prestige Bluesville)

Robert Pete Williams est un bluesman hélas trop peu connu et qui, pourtant, est l'archétype du musicien et chanteur de blues. Il voit le jour en 1914 à Zachary, en Louisiane. Il passera toute sa vie dans la région de Bâton Rouge.
Il est découvert à la fin des années 50 par le Dr Harry Oster et Richard Allen, , le premier  folkloriste et le second historien du jazz. Tous deux explorent la musique du Sud. Ils entendent parler d'un musicien emprisonné à perpétuité pour meurtre depuis 1956 au pénitencier d'  Angola, l'une des pires prisons des États Unis qui n'en manquent pourtant pas. Ils décident de s'y rendre. Impressionnés par l'homme et par sa musique, ils s'empressent de l'enregistrer sur un petit magnétophone portable. Dans le même temps, ils demandent sa grâce et sa libération, ce qu'ils obtiendront après maintes tractations. 
En 1961 Robert Pete Williams, en résidence surveillée, enregistre son premier album, Free again, pour le label Prestige Bluesville. On y retrouve tous les ingrédients du blues rural. Un homme chante son histoire, la crie parfois, en s'accompagnant d'une simple guitare acoustique. C'est un blues écorché, aride et dur, comme la vie de ceux qui le jouent.
La particularité de Robert Pete Williams est qu'il ne reprend pas la grille classique du blues. Le résultat est aussi beau que déroutant. Ce sera pour toujours sa marque de fabrique. Jamais on n'a été aussi près des racines africaines de cette musique. Il est l'un des rares  à avoir ému Big Joe Williams qui n'avait pourtant rien d'un grand sentimental et dont la vie de misère n'avait rien à envier à celle de son collègue. Il  écrira  une réponse à Prisoner's talking blues ( chanson sortie sur la compilation Angola prisoner's blues).
Robert Pete Williams est autorisé à se produire au festival de Newport en 1964, et, tout en continuant à travailler dans sa ferme, il se produira régulièrement en professionnel aussi bien aux Etats Unis qu'en Europe. Il mourra à Rosedale le 31 décembre 1980.
Nous vous conseillons également un autre de ses premiers enregistrements, I'm blue a man can be ainsi que l'album éponyme sorti en 2001 sur le label Fat Possum Records. 




mercredi 15 décembre 2021

LITTERATURE. GILBERT LEAUTIER.

Gilbert Léautier est un écrivain discret, pour ne pas dire secret. Il n'est pas de ceux qui hantent les plateaux de télévision pour vendre leur marchandise et donner leur opinion sur tous les sujets. L'inconvénient de cette discrétion dans un monde hyper-médiatisé est que son immense talent n'est pas reconnu, à notre avis, à sa juste valeur.
Né en 1945, il devient très tôt dramaturge et fonde le Théâtre du Béguin à Lyon. A 24 ans il reçoit l'Oscar de la création des mains de Jean Vilar. Il se tourne ensuite vers l'écriture radiophonique et ses pièces sont diffusées, notamment, sur la Radio Suisse-romande. Elles obtiennent en 1986 le prix radio de la SACD. En 1991, malgré une certaine notoriété,  il abandonne l'écriture pour se consacrer à la rénovation d'une forteresse du XIIème siècle, le château d'Aujac dans les Cévennes où il vit depuis 1974. Curieusement, lui jusque là très prolixe, dira qu'il avait fait le deuil de l'écriture. En 2007, son éditeur lui propose de rééditer "Pour planter des arbres au jardin des autres. Portraits cévenols". (1982), un volume de textes courts à la fois poèmes, récits, nouvelles  et portraits des austères Cévennes et de leurs habitants. Cette réédition décide Gilbert Léautier à reprendre la plume et, en 2008, sort un autre superbe ouvrage dans la veine du premier: "Pouvez-vous prouver que vous n'êtes pas un escargot?" . En 2010, c'est le non moins magnifique "Le repaire du dernier Cévenol" qui vient compléter la trilogie des portraits cévenols, suivi en 2011 d'une étrange nouvelle, "La mort Madame".
L'écriture de Gilbert Léautier est comme son pays, dense, solide, poétique et rythmée par le silence. Ses thèmes font qu'elle dépasse le régionalisme et côtoie l'universel, même si l'écrivain n'hésite pas à employer le langage parlé parfois émaillé de quelques mots en patois. Les phrases sont courtes:
"Assurément, ils ne sont pas causants, les gens d'ici.
Bâiller pour eux, c'est déjà un long discours.
Au maximum de la joie, ils crachent par terre.
Au comble du chagrin, ils hochent la tête.
Donnez-leur dix mots, ils vous en rendent quatre.
Avec eux, vous êtes toujours en déficit d'un silence.
C'est pas le pays des grandes phrases."
Les images sont fortes:
"C'est une route qui a oublié la règle.
Elle a été tracée au serpent."
ou:
"La cheminée, c'est la fenêtre de l'hiver."
L'humour et la tendresse ne sont jamais loin:
"Moi, mes morts se fendent la gueule!
ils ont l'os indiscipliné.
Ils rient à s'enrhumer."
Mais on pourrait citer chaque phrase tant le style est d'une beauté hors du commun.
Le seul défaut de Gilbert Léautier est d'être un écrivain trop rare et même si nous nous adonnons avec joie au plaisir de la relecture, nous attendons à chaque fois avec impatience le prochain livre.
Les ouvrages cités dans l'article sont édités par les éditions Alcide.







mardi 6 juillet 2021

POESIE. GASTON COUTE.

Gaston Couté, fils de meunier, naît en 1880 à Beaugency (Loiret). Gamin intelligent, il obtient son certificat d'études à l'âge de 11 ans et ses parents l'envoient au cours complémentaire de Meung-sur-Loire. Il devient turbulent et ne travaille que dans les matières qui l'intéressent. Le résultat de son indiscipline ne se fait pas attendre: il est recalé au Brevet Elémentaire. Ses parents ne renoncent pas à en faire un fonctionnaire et l'inscrivent au lycée où il ne travaille plus du tout. Il finit par rentrer à la maison à leur grand désespoir. Il entre à la Recette Générale d'Orléans. Très vite lassé par un travail monotone, il devient reporter au journal Le Progrès du Loiret. Passionné de poésie, il fait la connaissance de Da Costa, directeur littéraire de La  Revue littéraire et sténographique du Centre qui publiera ses premiers textes. Un jour de 1898, une troupe d'artistes parisiens donne un spectacle à Meung-sur-Loire. Le jeune Couté demande s'il peut dire quelques-uns de ses poèmes en patois. A sa grande surprise, le directeur accepte et, à l'issue de sa prestation,  l'encourage à travailler et à venir tenter sa chance à Paris. Bientôt Gaston ne pense plus qu'aux cabarets montmartrois et il a tout juste18 ans, le 31 octobre 1898, quand il prend le train pour rejoindre la capitale.
A peine arrivé, il fait le tour des cabarets et  débute à Al Tartaine où son charisme naturel, sa jeunesse et la fraîcheur de sa poésie le font rapidement connaître. Il chante et dit  ses textes dans de nombreux cabarets mais il doit souvent se contenter de cafés crème en guise de salaire. Il finit par revenir au pays. Son caractère instable et sa soif de liberté le rendent très vite nostalgique de la grande ville et un matin, muni de son baluchon, il reprend la route de Paris. Hélas, il ne tarde pas à boire plus que de raison et son hygiène de vie laisse à désirer. En 1907, les médecins le déclarent tuberculeux. Cela ne freine pas son ardeur, son talent et sa révolte. Il n'a de cesse de fustiger le nationalisme, la bêtise, la guerre et le conformisme bourgeois. Il écrit pour le journal antimilitariste La Guerre Sociale, pour Le Libertaire et pour La Barricade. Il mourra le 28 juin 1911 à l'hôpital Lariboisière d'une phtisie galopante, il n'avait pas encore 31 ans.
Malgré sa courte vie, Gaston Couté laisse derrière lui une oeuvre conséquente et d'une rare qualité. Souvent considéré comme le versant paysan de Jehan- Rictus qui l'a bien connu, il avait comme lui horreur de l'injustice et de l'exploitation de l'homme par l'homme. Tous deux avaient choisi la cause du peuple et l'exprimaient chacun à leur façon et dans leur propre langage. Jehan- Rictus ayant vu Gaston Couté sur scène a son arrivée à Paris avait été impressionné par le poète et écrivit :" Ses poèmes sentaient bon la terre, le foin, les labours, les emblavures, les vergers et les bois, toute la campagne en un mot. Nous nous trouvions incontestablement en présence d'un adolescent de génie qui, à ses dons extraordinaires, joignait déjà une technique des plus habiles et la connaissance approfondie du métier" 
 Gaston Couté n'aura pas eu la joie de voir édité un de ses livres, le premier ne sortira que 17 ans après sa mort. Sa poésie, elle, continue à faire son chemin. Ses textes et ses chansons ont été interprétés par de nombreux artistes aussi différents que Bernard Lavilliers, Gabriel Yacoub, Edith Piaf ou Gérard Pierron. Certains groupes de rap et d'électro puisent aujourd'hui encore dans son répertoire.
Pour lire, entendre et mieux connaître cet immense poète nous vous conseillons de visiter l'excellent site qui lui est dédié:      http://gastoncoute.free.fr/index.htm

jeudi 12 novembre 2020

LITTERATURE. MARIO RIGONI STERN.


Mario Rigoni Stern est né en 1921 à Asiago  (Italie), il y est mort en 2008. Il a à peine 17 ans lorsqu'il s'engage dans le régiment des chasseurs alpins. Il combattra en France, en Grèce, en Albanie et en Russie avant d'être fait prisonnier par les Allemands en 1943. Il est conduit dans les camps de Prusse orientale d'où il s'évade. Il gagne l'Autriche et parvient, à pied, à rejoindre son village le 5 mai 1945. Il construit une maison et passera toute sa vie au milieu des paysages qu'il décrit si bien. Employé au cadastre, il ne se consacrera entièrement à son oeuvre qu'à l'âge de la retraite en 1970. Marqué par la guerre qui le hante à tout jamais et qui , lorsqu'elle n'est pas le sujet principal, court en filigrane dans la quasi-totalité de ses romans, chroniques, nouvelles ou récits, Mario Rigoni Stern trouve le réconfort dans une nature qu'il connaît comme personne.                
C'est toujours une curieuse expérience de lire ses écrits dont on sort apaisé, avec l'impression d'avoir vécu avec l'auteur des moments privilégiés, au rythme de son pas, dans les traces des nombreux animaux qui peuplent ses montagnes, au milieu des odeurs de mousse, de sève et de champignons, dans la blancheur de la neige qu'il affectionne tout particulièrement. Une grande compassion transparaît dans les pages de cet auteur d'exception, compassion pour les hommes mais aussi pour les animaux, tous les animaux. Il en parle souvent avec humour mais aussi avec une tendresse peu commune, la tendresse de ceux qui ont compris qu'il n'y a pas une si grande différence entre eux et nous, surtout dans la souffrance.
L'écriture de Mario Rigoni Stern n'a rien de révolutionnaire dans la forme, et c'est ce qui  fait en grande partie sa force d'évocation. Paradoxalement, la poésie de ses textes ancrés dans le monde campagnard vient de l'extrême réalisme des descriptions et de sa langue simple et précise. Il y a de la terre, des rochers, de la neige et du vent dans ses mots.   
L'écrivain qui n'a jamais fréquenté les salons littéraires avait pour admirateur et ami Primo Levi (auquel il a consacré un très bel hommage) qui disait de lui: " On trouve rarement pareille cohérence entre l'homme qui vit et l'homme qui écrit, pareille densité d'écriture."    
Pour l'anecdote, à défaut du Prix Nobel pour lequel il était pressenti, il obtint un honneur qui l'amusait beaucoup. Un groupe d'astrophysiciens a donné son nom à un astéroïde découvert en 1996, ce qui lui faisait dire: " Mario Rigoni Stern se balade dans le ciel. C'est drôle, non ?"     
                  
Si tous les livres de Mario Rigoni Stern sont passionnants, Le ZIG! a ses préférés:

Les Saisons de Giacomo (Robert Laffont)
Histoire de Tönle (Verdier)

Editions La Fosse aux Ours
  
Le livre des animaux
Sentiers sous la neige
Hommes, bois et abeilles
Le sergent dans la neige
Pour Primo Levi
                                        

jeudi 21 mai 2020

POESIE. Comme un oiseau dans la tête. RENE GUY CADOU. (Points).

Comme un oiseau dans la tête : Poèmes choisis par CadouRené Guy Cadou est né en 1920 en Bretagne, au coeur du marais de la Grande Brière. La mort de sa mère, alors qu'il a à peine 12 ans, le plonge dans une profonde mélancolie qui hantera plus tard sa poésie, cette poésie entrée dans sa vie par le biais de son père.
En 1936, Cadou fait la connaissance de Reverdy et de Max Jacob. Un an plus tard il publie son premier recueil Brancardier de l'aube. Il écrit sans cesse, deux autres recueils voient le jour avant la guerre et la mort de son père en 1940. Cette année-là il est mobilisé mais, malade, il est rendu à la vie civile quelques mois plus tard. Il exerce alors le métier d'instituteur.
La guerre l'oriente vers une poésie beaucoup plus expressive. Il écrit Pleine Poitrine après que 27 otages aient été fusillés à quelques kilomètres de son lieu de travail et que son ami Max Jacob soit mort à Drancy. En  1946 il épouse Hélène Laurent, elle-même poète. Il lui consacrera Hélène ou le règne végétal. Il tombe de nouveau malade et sent très vite que sa vie sera courte. Il trouve refuge dans sa poésie. Malgré plusieurs interventions chirurgicales, il meurt en 1951, quelques jours après avoir achevé Les biens de ce monde. Malgré la brièveté de sa vie, il laisse plus d'une trentaine de recueils de poèmes, deux essais sur Appolinaire ainsi que des nouvelles.
Si René Guy Cadou n'a pas connu  une plus grande notoriété, la faute en incombe en partie à ceux qui, voulant bien faire, n'ont voulu le définir que comme un écrivain régionaliste et intimiste, lui collant même l'étiquette de poète chrétien. C'est vrai que Cadou a ancré sa poésie dans l'endroit où il vivait, c'est vrai aussi qu'il ne reculait pas devant l'introspection, c'est également vrai qu'il était croyant mais ce n'est pas faire grand cas de son oeuvre que de la réduire à cela. Il est avant tout le poète du doute et en cela sa poésie touche à l'universel. Aurait-on oublié qu'il a su s'ouvrir à son époque avec des textes comme Les fusillés de Chateaubriant ou Ravensbrück ?
 Michel Manoll, dans sa très belle préface aux Oeuvres poétiques complètes (Editions Seghers 1978), a très bien défini le poète:
"René Guy Cadou s'est voué à donner voix à tout ce qui participe au concert terrestre, sans en exclure la plus humble psalmodie ou le chuchotement le plus discret..."
Mais  laissons le mot de la fin à Cadou lui-même, répondant à une interview de Pierre Béarn dans Le Miroir d'Orphée:
"J'habite un coteau ensoleillé assez loin des officines littéraires pour me passer des satisfecit des snobs et du personnel de la critique." 

mardi 3 septembre 2019

POESIE / La vitesse foudroyante du passé. RAYMOND CARVER. (Points).

Ce recueil de 80 poèmes est un autoportrait de Carver qui écrit avec des mots simples des histoires qui pourraient sembler presque banales au lecteur distrait. Chaque texte est un instantané, une photo d'un moment fugace prise au pollaroïd. Qu'il nous décrive un coucher de soleil, une partie de pêche, qu'il parle de la mort de son père ou de son impossibilité à oublier ses erreurs alors qu'il aimerait se plonger dans la contemplation des dunes enneigées ou encore d'un noël gâché par l'alcool qu'il a ingurgité, Carver sait nous faire sentir le poids de l'instant, son urgence à le vivre. Ses poèmes sont finalement des nouvelles réduites à leur plus simple expression. Ces courts instants de joie, d'espoir, de tristesse et de mélancolie nous font voir la vie autrement et  aimer la poésie qui, pour lui, était vitale. Dans "Récit", parlant d'un poète qui écrit comme si "le résultat ne l'intéressait qu'à moitié", il dit:
"Il n'avait même pas lu un poème depuis des mois.
C'était quoi cette vie ?
Une vie
où un homme est trop occupé même pour lire des poèmes ?
 Pas une vie...
Alors, prenez le temps de vivre et de lire les poèmes de Carver!

mercredi 28 novembre 2018

Théâtre . WINTER FAMILY. H2-HEBRON

Si assister à un concert de Winter Family s'apparente  à une expérience exceptionnelle, que dire de l'éventail de sentiments qui étreint les spectateurs  de leur pièce "H2- Hébron" ? C'est  une véritable immersion dans cette ville, où fanatisme, violence et absurde sont le lot quotidien, que nous proposent Ruth Rosenthal et Xavier Klaine. Il y a fort à parier que tous ceux qui auront assisté à ce "spectacle" n'auront plus jamais la même vision du conflit israélo-palestinien.
Dès l'entrée un malaise s'installe malgré le "bienvenue" de Ruth Rosenthal, la comédienne-guide. Il faut dire qu'une explosion vient de se faire entendre et qu'une fumée blanche s'élève dans la salle. Malgré tout, le public s'installe dans les gradins qui se font face de chaque côté d'une longue table noire. La comédienne se propose de nous faire visiter la rue principale de Hébron et se lance dans un monologue ininterrompu à travers lequel elle va incarner quatre protagonistes différents, des Palestiniens, des colons, des militaires et des observateurs activistes. Les voix des uns et des autres se chevauchent parfois jusqu'à devenir incompréhensibles, chacun convoquant son histoire, relatant les mythes et les massacres, décrivant son quotidien, avouant ses craintes et ses espoirs tout en étant persuadé  de son bon droit et convaincu de sa propre vérité . Tout en parlant, elle place les maisons sur la table et construit petit à petit la rue. Très vite le public n'est plus dans un théâtre mais au coeur de ce qu'il faut bien appeler un enfer. La tension monte au fil de la "visite". La rumeur de la ville tout d'abord étouffée devient plus présente, la chaleur tombe sur le public, une dernière explosion  et la fumée envahit de nouveau la salle, laissant le spectateur abasourdi par ce voyage qu'il n'oubliera plus.
Il est rare qu'une pièce de théâtre bouleverse ainsi les spectateurs, l'originalité de la mise en scène qui met à contribution tous les sens, ajoutée à la présence charismatique de la comédienne n'y sont certainement pas étrangers. Le travail de documentation et le fait que les deux metteurs en scène aient séjourné à Hébron, côtoyant les diverses populations sans prendre parti, leur donne une vraie crédibilité. 
Mais les mots sont pauvres pour décrire un tel choc, autant artistique que psychologique, nous ne pouvons donc que vous encourager à surveiller les dates des prochaines représentations.


Nous devons avouer que nous n'avons pas résisté à la tentation du concert qui avait lieu deux jours plus tard au même endroit (Théâtre Vidy/Lausanne), un autre grand moment. Les deux musiciens sont maintenant accompagnés à la flûte sur quelques morceaux par la jeune fille dont on pouvait entendre les gazouillis de nouveau né sur le 1er album !
(Voir dans le blog l'article du 28 juillet 2012, rubrique musique). 

 http://www.winterfamily.info/
 https://fr-fr.facebook.com/WinterFamilyPage/


Discographie de Winter Family:


# Winter Family        (Sub Rosa / Ici D'ailleurs) 2007

# Red Sugar              (Sub Rosa / Ici D'ailleurs) 2011

# South From Here   (Sub Rosa / Ici D'ailleurs) 2017


                                 







mercredi 23 mai 2018

Punchlines. Samuel Dock. (First Editions)

Samuel Dock, né en 1985, est  psychologue clinicien. Il écrit depuis l'adolescence et Punchlines n'est pas son coup d'essai, loin s'en faut, puisqu'il a publié un roman, "L'apocalypse de Jonathan" en 2012 avant de diriger en 2014 le recueil "Nouvelles du couple". En 2015 est sorti chez Plon "Le nouveau choc des générations", riche dialogue avec Marie-France Castarède. Cet échange fait écho à l'essai de l'anthropologue Margaret Mead "Le Fossé des générations" (1971). En 2016, il accompagne Julia Kristeva dans l'écriture de ses mémoires "Je me voyage". En 2017 paraît chez Plon " Le nouveau malaise dans la civilisation" avec, une nouvelle fois, Marie-France Castarède. Les deux protagonistes unissent leur savoir pour analyser les transformations du monde d'aujourd'hui, ses spécificités et ses dangers. Cet ouvrage fait lui aussi écho à un essai, "Malaise dans la civilisation" de Freud (1930). 

Punchlines s'inscrit dans un autre registre. Samuel Dock a recueilli au fil du temps les propos de certains de ses jeunes patients ( qui ont entre 12 et 20 ans), morceaux choisis pour leur humour, leur intelligence ou leur lucidité. Le but avoué: combattre les idées reçues sur une jeunesse souvent décriée et parallèlement  tenter de montrer, à défaut d'expliquer, le travail des psychothérapeutes eux aussi régulièrement en but à des critiques infondées. 
Comme à son habitude, l'auteur a trouvé un angle original pour observer et comprendre le fonctionnement d'une société en constante mutation dans laquelle les adolescents, dénués des tabous de leurs parents et des adultes en général, essaient de s'épanouir malgré tout. Il ne s'agit pas pour Samuel Dock de se moquer de ces adolescents ou de les considérer comme des êtres incomplets en devenir mais au contraire de montrer qu'eux aussi peuvent nous aider dans notre compréhension du monde moderne. On sent d'ailleurs une totale empathie du "soignant" qui annote chacune des 120 interventions de ses patients de commentaires souvent émaillés d'auto dérision. Il dédie d'ailleurs cet ouvrage à tous ces patients qui, dit-il, l'ont aidé à grandir. Ce livre prouve, s'il en était besoin, que rire et sourire n'empêche pas de réfléchir à condition de le faire avec et non pas au dépens des autres.

Nous vous recommandons vivement  la lecture de "Le nouveau choc des générations" et "Le nouveau malaise dans la civilisation", deux livres qui, s'ils sont traités sans l'humour de ces Punchlines, nous aident à comprendre ce siècle de façon intelligente.


Pour ceux qui voudraient mieux connaître Samuel Dock:
 https://samuel-dock.com/

jeudi 23 novembre 2017

Dounia Tabolo. BOUBACAR TRAORE. (Lusafrica)

A 75 ans, Boubacar Traoré vient de nous offrir  un bel album, un album un peu différent de ses précédents.   Désirant élargir sa palette tout en conservant le cachet original de sa musique, il s'est entouré de musiciens du Sud des États Unis, certains rencontrés lors de ses tournées: Leyla Mc Calla (violoncelle et voix), Corey Harris (guitare et voix) et Cedric Watson (violon et washboard). Il a bien entendu gardé ses deux complices habituels, Vincent Bucher (harmonica) et Alassane Samaké (calebasse et percussions). 
Le danger avec une telle formation aurait été de dénaturer son style minimaliste avec des arrangements trop sophistiqués, le piège est magistralement évité par une production au plus près du son acoustique de ses albums précédents. Le résultat est ce très beau Dounia Tabolo, aussi émouvant qu'envoûtant dans lequel Boubacar revisite d'anciennes chansons (Yafa Ma, Maciré) et nous en offre quelques nouvelles (Ben De Cadi, Mousso). Enregistré en Louisiane, à Lafayette, la musique emprunte au blues, au folk, au zydeco et bien sûr à la tradition mandingue, unissant le Niger au Mississippi de belle façon, rappelant si besoin était les origines du blues. 
 https://www.boubacartraore.com/


 https://fr-fr.facebook.com/boubacar.traore.music/



jeudi 21 septembre 2017

Musique. PAPERTANK.

Photo Gilbert Chagrot. Concert de Petite Chaux.
PAPERTANK est un trio composé de Anthony Gadot, basse et voix, Aurel Cuenot, batterie, et Charles Cavalier, voix. Pas de guitariste ? Non pas de guitariste chez PAPERTANK, la basse y remédie de façon magistrale !
Groupe atypique autant dans sa composition que dans son style qui louvoie entre rock, punk, stoner ou hardcore sans jamais perdre de sa cohérence, de sa puissance ni de sa générosité, PAPERTANK sait apporter sur chaque titre son lot de surprises. Des compos superbes, une énergie sans faille, un équilibre savant entre plages échevelées et plages mélodieuses font de Playground, le premier album du groupe, un album aussi surprenant qu'attachant à mettre d'urgence entre toutes les oreilles. 
Il est à noter également qu'ayant découvert le trio sur scène, "Le ZIG!" a retrouvé intacte l'énergie dans l'album, ce qui est assez rare pour être signalé. Au fil des écoutes, on découvre certaines subtilités qui échappent parfois dans le feu des concerts, surtout lorsqu' il s'agit d'un groupe qui donne tout, ce qui est le cas de PAPERTANK.  
Autant dire que Playground n'a pas fini de nous faire vibrer.
Merci à l'association "Rock, Nature et Distorsion" qui nous a fait découvrir un groupe aussi talentueux lors du "Passage à l'An III". 
 http://papertank.ch/
Vous pouvez aussi retrouver PAPERTANK sur Facebook.



vendredi 18 août 2017

Peinture. Jacques Piquery.

Jacques Piquery dont nous vous avions parlé il y a déjà bien longtemps est enfin reconnu.
Plus d'une centaine de ses toiles sont exposées au château de Flamanville dans le Cotentin depuis le 1er juillet et jusqu'au 3 septembre  et un très beau livre, "L'après-midi d'un fauve"  a été édité par l'association 3Angles (6 rue du Général Jouan- 50100- Cherbourg-en-Cotentin) pour l'occasion.
Ci-dessous le documentaire qui accompagne cette très belle exposition.

Facebook de l"association 3Angles:
https://fr-fr.facebook.com/association3Angles/

Pour en savoir plus sur Jacques Piquery:
http://boobalootchi.com/piquery/ et  http://jacquespiquery.blogspot.fr/



vendredi 11 novembre 2016

Adieu à LEONARD COHEN.

Le 29 juillet 2016, Marianne Ihlen, l'inspiratrice des chansons de "So long Marianne"  ("Songs of Leonard Cohen") et de "Bird on fire" ("Songs from a room") s'éteignait après une longue maladie.  Léonard Cohen  venait de lui écrire une lettre émouvante dans laquelle il disait "... je pense que je vais te suivre très bientôt... Maintenant, je veux seulement te souhaiter un  très bon voyage".  Le 7 novembre, il est parti la rejoindre. Il avait 82 ans et venait de sortir " You want it darker", son testament et l'un de ses meilleurs albums. Il y parle (comme toujours) de  mort, d'amour, de vie et de spiritualité, parfois avec gravité, d'autres fois avec son humour très particulier. Sa voix est plus belle que jamais et les mélodies sont d'une profondeur vertigineuse. Que dire de plus de cet immense artiste à la fois poète, écrivain, auteur, compositeur, musicien et chanteur qui a accompagné nos vies depuis bientôt cinquante ans ? Son oeuvre immortelle parle pour lui .
Bon voyage Monsieur Cohen.

                                                    
                                                      https://www.leonardcohen.com/

                                                Discographie studio

                                       . Songs of Leonard Cohen (1967)
                                       . Songs from a room (1969)
                                       . Songs of love and hate (1971)
                                       . New skin for the old ceremony (1974)
                                       . Death of a ladies'man (1977)
                                       . Recents songs (1979)
                                       . Various positions (1984)
                                       . I'm your man (1988)
                                       . The future (1992)
                                       . Ten news songs (2001)
                                       . Dear Heather (2004)
                                       . Old ideas (2012)
                                       . Popular problems (2014)
                                       . You want it darker (2016)

                                                A lire absolument

                                       . Le livre  du désir. Poèmes. (Points. Edition bilingue)
                                       . The favorite game. Roman. (Flammarion)
                                       . Poèmes et chansons. (10/18)

                                                        DVD
                                        . Live in London (Columbia)
                                      


vendredi 14 octobre 2016

BOB DYLAN Prix Nobel

Pauvre Zig qui ne sait plus à  quel libellé se vouer: musique, littérature ou poésie ? Mais surtout, pauvre Dylan ! Quoi qu'il dise ou fasse, il y a toujours quelqu'un pour lui sauter à la gorge. Dans les années 60, les uns lui reprochaient de faire des chansons "engagées" tandis que les autres ne le trouvaient pas suffisamment militant. Lorsqu'il décida d'électrifier sa musique, beaucoup l'accusèrent de traîtrise puis quand au cours de sa carrière il rejoua en acoustique, il se fit traité d'opportuniste. On lui a reproché ses textes trop hermétiques, aujourd'hui que le Nobel lui est attribué, quelques écrivains en manque de notoriété l'accusent de n'avoir écrit que "des ritournelles" ! On peut ne pas être d'accord avec le jury et même ne pas aimer Dylan, ce n'est pas une raison pour essayer de démolir un créateur qui n'a rien demandé. Ces écrivaillons feraient mieux de se mettre au boulot s'ils rêvent de l'avoir un jour ce Nobel et, s'ils n'ont rien de mieux à faire, ils pourraient au moins éviter la mauvaise foi et le mensonge. Dylan a écrit plus de 500 textes, autant, sinon plus que Rimbaud, Verlaine ou Baudelaire qu'on ne peut pas accuser de ne pas avoir une oeuvre. L'un de ces aigris va jusqu'à écrire que les journaux ont tellement comparé Dylan à Rimbaud qu'il aurait fini par prendre cela au sérieux. Nous conseillons à ce monsieur de visionner l'entretien que le chanteur-poète-compositeur-musicien- écrivain a accordé à Antoine de Caunes en 1984. Ce dernier lui demande si le fait que les journaux disant de lui qu'il était un génie a eu une influence sur son écriture, la réponse est claire: "Je ne l'ai jamais cru". Alors pourquoi vouloir dénigrer ce brave Bob qui n'est  pourtant pas un modèle de modestie ?!!!
Ne vous cachez pas derrière l'excuse bidon que lui donner le Nobel est méprisant pour les "vrais" écrivains dont, soit dit entre nous, vous ne faites de toute façon pas partie. Le seul sentiment qui vous anime a pour nom la jalousie qui n'est "qu'un dépit envieux ressenti à la vue des avantages des autres" dit le Larousse.  Cette polémique stérile ne vous grandit pas.

A lire ou à relire par ceux que la jalousie n'étouffe pas:

# Chroniques (Folio), autobiographie de Dylan
# Lyrics: Chansons 1962-2001 (Fayard), environ 400 textes en édition bilingue.

dimanche 18 septembre 2016

MUSIQUE. Nick Cave and The Bad Seeds. Skeleton Tree. (Kobalt).

Nouvel album de Nick Cave après presque trois années de silence et le décès accidentel en juillet 2015  de son fils de quinze ans. Contrairement à ce qu'ont pu dire certains critiques, il semblerait que l'écriture de ce seizième  album était terminée lors de ce terrible drame. L'atmosphère en clair- obscur de ces huit magnifiques chansons, atmosphère qui fait partie de l' univers de l'artiste depuis toujours, n'est donc pas liée à ce qu'il a vécu. En revanche, l'enregistrement ayant eu lieu à l'automne de la même année, la voix est encore plus expressive, encore plus profonde qu'à l'accoutumé, c'est la voix d'un homme meurtri, parfois à la limite de la rupture. Les sons d'orgue et les cordes se taillent la part du lion dans les arrangements dépouillés, presque minimalistes, de Warren Ellis, donnant une dimension solennelle à l'ensemble qui sonne comme un requiem. 
Skeleton Tree est un disque gorgé d'une émotion presque palpable, traversé parfois d'éclairs lumineux, un disque comme on n'en connaît peu.


                                                            http://www.nickcave.com/


jeudi 4 février 2016

MUSIQUE. ARNO. Human Icognito. (Naïve)

A plus de 66 ans, Arno signe avec Human Incognito l'un de ses meilleurs albums plein de blues poignants, de rocks rugueux et de ballades comme lui seul sait les écrire. 
Toujours lui-même mais toujours différent, celui qui se décrit dans le premier titre comme "an old motherfucker" n'a rien perdu de sa naïveté, de son impertinence et de sa fraîcheur. Il nous chante, en anglais et en français, de sa voix inimitable la tendresse, l'amour ou la vieillesse, des chansons tantôt surréalistes, voire absurdes, tantôt mélancoliques ou douces-amères et c'est un vrai bonheur. On n'avait pas entendu un album aussi organique depuis longtemps. Arno s'est débarrassé des synthés et autres machines pour ne garder quasiment que les instruments fondamentaux du rock, une guitare, une basse et une batterie. Produit par John Parish, Human Incognito a été enregistré en une semaine pour, comme le dit son auteur " éviter de trop penser". Chaque morceau va à l'essentiel et ne laisse pas la place aux fioritures superflues. On est avec cet album dans l'essence même du blues et du rock. Alors non, ce n'est pas la révolution mais un sacré bain de jouvence dans un milieu aujourd'hui bien plus préoccupé par le marketing que par la qualité de la musique. Arno est plus que jamais indispensable, sa liberté d'esprit aussi.

             Le site officiel:   www.arno.be  musique, bio, dates de concerts...

En marge de ce superbe album, Le Zig! ne peut pas passer sous silence un événement qui l'a choqué. Voyant par hasard qu'Arno était invité dans l'émission fourre-tout "On n'est pas couché", émission dans laquelle trop souvent les clowns se mêlent de politique alors que les politiques font les clowns, il décide de regarder le lendemain en replay de façon à ne pas perdre son temps à écouter pérorer des pseudo journalistes plus occupés à faire leur show et à se mettre en valeur qu'à comprendre les invités. Avance rapide jusqu'à l'interview... et là, spectacle lamentable! Une jeune femme imbue de sa petite personne parle à Arno comme certains parlent à un attardé mental ou à un gamin de six ans, allant jusqu'à lui demander s'il comprend ce qu'elle dit! Comment peut-on être aussi irrespectueux, comment peut-on faire son métier aussi mal ? D'accord, Arno peut sembler étrange, d'accord, c'est vrai qu'il vit dans son monde mais avant de poser des questions, on se renseigne: on peut, par exemple lire la très bonne bio de Gilles Deleux "Arno.Un rire et une larme" (Ramsay) et regarder le très beau film de Marc Dixon "Arno: Comme les hommes". Cela aurait certainement évité à cette dame de se ridiculiser car (s'en est-elle rendue compte?) ce n'est pas Arno qui a été ridicule, c'est elle qui a été pitoyable.
On n'ose pas imaginer quelle aurait été sa réaction si elle avait été amenée un jour à interviewer Bukowski ou Anthonin Artaud! 
  Dire qu'Arno voudrait vivre "dans un monde sans chichis où les cons ne font pas de bruit" !

dimanche 14 juin 2015

ARTS PLASTIQUES. Catharsis. LUZ. (Futuropolis)

Après avoir trouvé ses camarades assassinés dans les bureaux de Charlie Hebdo, Luz est dévasté et ne se sent pas capable d'aller plus loin. Il songe même à ne plus dessiner. Le collectif du journal décide de se remettre sans tarder au prochain numéro. Luz sait qu'il ne peut pas laisser tomber les quelques collègues rescapés de la tuerie et c'est son très bon dessin qui fera la couverture du numéro vert. Mais que faire après... Traumatisé, il perd son principal moyen d'expression, il n'arrive plus à dessiner que des petits bonshommes statiques aux yeux exorbités devant l'horreur.
Petit à petit l'envie revient, il faut bien survivre, et puis un besoin irrépressible le pousse à reprendre son art qui l'aide à éloigner la paranoïa et à faire son deuil.
C'est ainsi que va naître Catharsis, une suite d'histoires tour à tour tristes, violentes, drôles ou émouvantes. Le style change d'une planche à l'autre, le pinceau laisse la place à une plume mordante au trait plus dur, parfois la couleur apparaît: rouge. Rouge comme la colère, comme le sang, comme les lèvres de sa compagne. Bleu: bleu comme le manteau qu'elle portait lorsqu'elle est venue le rejoindre au siège de Charlie le jour du drame. Car ce livre est une histoire d'amour au sens large du terme, amour pour celle qui partage la vie de l'auteur, amour pour Charb, l'ami, le frère, amour des gens, du dessin, de la vie, amour qui montre un homme aux antipodes de celui qu'ont voulu décrire certains haineux trop contents de pouvoir baver, à travers la personne de Luz, sur un journal qu'ils n'ont jamais compris ou, pire, peut-être jamais lu.
Merci monsieur Luz pour ces belles pages, pour l'espoir, pour la tendresse... pour tout.

mardi 2 juin 2015

ESSAI. Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes. CHARB. (Les Echappés)

Deux jours avant d'être lâchement abattu dans les locaux de Charlie Hebdo avec bon nombre de ses amis, Charb avait remis le manuscrit de ce qui sera son dernier livre à son éditeur. Cette fois, pas de dessins mais un essai concis à la plume acérée dans lequel il répond avec intelligence et humour à tous ceux qui utilisent à tort et à travers le mot "islamophobie" , " terme mal choisi s'il doit nommer la haine que certains tarés ont des musulmans."
Avec une rhétorique implacable, il montre comment les anti-islamophobes ont joué avec les mots non pas pour défendre des hommes et des femmes attaqués pour la couleur de leur peau, leur origine ou leur position sociale, mais une religion. Il s'interroge et nous fait nous interroger sur l'utilisation irrationnelle d'un mot de plus en plus employé par une multitude hétéroclite de personnes allant des radicaux islamistes à la gauche bien pensante en passant par l'extrême droite et repris sans vergogne par des médias imbéciles "d'abord par fainéantise, ensuite par attrait de la nouveauté et, enfin par intérêt commercial... La peur se vend bien. L'islam qui fait peur se vend bien." 
Ce petit livre, visiblement, embarrasse beaucoup de monde, en particulier certains commentateurs de presse et de nombreux politiques. Il est vrai que comme d'habitude, Charb ne s'est pas, lui, embarrassé d'un prêt à penser consensuel et a profité de l'occasion pour bousculer la bienséance idiote et dangereuse qui a cours depuis quelque temps au nom du sacro-saint "vivre ensemble".  
Un livre à lire pour comprendre comment plus ou moins intentionnellement, par intérêt ou par bêtise on finit par placer les religions au-dessus des hommes, à tuer la liberté d'expression... et ceux qui la pratiquent.

dimanche 24 mai 2015

MUSIQUE. BILL FAY.

Étrange parcours que celui de Bill Fay, pianiste, chanteur et auteur-compositeur anglais. Entre 1967 et 1971, il publie deux albums (Bill Fay et Time of last percussion). Faute de promotion, ils se vendent mal et l'artiste tombe rapidement dans l'oubli jusqu'à leur réédition en 1998. Quelques enregistrements de la même époque, dépouillés de leurs arrangements sortent ensuite sous le titre From the bottom of an old grandfather clock. Il faut attendre l'année 2005 pour découvrir des titres enregistrés entre 1978 et 1981 avec Tomorrow, tomorrow and tomorrow. 
Mais qui se soucie de Bill Fay et d'une musique aussi étrange que son créateur qui vit de boulots en intérim et continue à composer sans se soucier du sort réservé à sa poignée de disques? Quatre ans plus tard paraît le double album Still some light, c'est encore un coup d'épée dans l'eau. Mais si le grand public l'ignore, le bonhomme a quelques fans fidèles et parmi eux le groupe Wilco qui reprend régulièrement quelques-unes de ses chansons sur scène. C'est d'ailleurs le leader de ce groupe, Jeff Tweedy, accompagné du jeune producteur Joshua Henry qui réuniront toutes les conditions pour que naisse en 2012 le superbe Life is people qui va émouvoir jusqu'au grand Nick Cave lui-même! Il faut dire que l'album est bouleversant. Il est composé d'une suite de ballades au piano et de chansons que l'on pourrait qualifier de gospels celtiques aux mélodies somptueuses et au chant habité. Le magistral Who is the sender? qui vient de sortir en est la suite logique , même s'il ne nous fera pas oublier le précédent. Il est temps de découvrir enfin Bill Fay, d'autant qu'avec une discographie aussi concise l'achat de son oeuvre complète ne ruinera personne!


vendredi 10 avril 2015

CINEMA D'ANIMATION. Pontarlier du 13 au 19 avril 2015. 7ième édition.

Chaque printemps s'ouvre à Pontarlier avec le festival du film d'animation. Contrairement à une idée reçue qui a la vie dure, l'animation n'est pas réservée aux enfants. Comme la BD, ce cinéma est aujourd'hui un art à part entière. Lui seul permet d'aller aussi loin dans le domaine de la créativité et de l'invention.
Si tout un pan de la production est vouée à l'exploitation commerciale (comme c'est d'ailleurs le cas pour le cinéma "normal"), de nombreux créateurs ont su faire du cinéma d'animation un moyen d'expression innovant et  ont construit leur propre univers. Ils nous donnent à voir aujourd'hui de véritables chefs d'oeuvre. 
Les invités de cette 7ième édition font partie de ceux-là, puisque seront présents FRANCK DION qui nous plonge dans un monde aussi fantastique que poétique et ARNAUD DEMUYNCK, réalisateur, scénariste et producteur spécialisé dans le court et moyen métrage, dont l'univers est plus réaliste mais tout aussi poétique que celui de son collègue.
Du cinéma bien sûr mais également des ateliers et une exposition d'une trentaine de dessins de FRANCK DION accompagnés de toiles et sculptures des jeunes de l'IMPRO de l'IME de Pontarlier.
Programme complet de cette rencontre à ne pas manquer sur
http://www.ccjb.fr/